
Entre promesses de milliards et réalités de terrain, le lancement du programme « Vunga » suscite autant d’espoirs que d’interrogations. Si la Première ministre Judith Suminwa Tuluka affiche une ambition de 200 millions de dollars déjà mobilisés pour soutenir les PME congolaises, le défi de la transparence reste entier dans un secteur bancaire historiquement frileux. Analyse d’une annonce qui veut transformer l’essai économique.
Le paysage entrepreneurial de la République démocratique du Congo (RDC) connaît-il un tournant historique ? Salué avec emphase par Miguel Kashal Katemb, Directeur général de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), le programme « Vunga » se présente comme le nouveau fer de lance de la politique économique du gouvernement Suminwa. L’ambition est claire : injecter massivement des liquidités dans le tissu des petites et moyennes entreprises (PME) pour favoriser l’émergence d’une classe moyenne nationale.
Une force de frappe financière inédite
Le dispositif repose sur un partenariat public-privé musclé. À ce jour, un premier palier de 200 millions de dollars a été sécurisé avec l’appui de la Rawbank. Mais le gouvernement voit plus grand : l’objectif affiché est d’atteindre le milliard de dollars par l’adhésion progressive d’autres institutions bancaires. Pour les entrepreneurs congolais, souvent asphyxiés par des taux d’intérêt prohibitifs et des exigences de garanties inaccessibles, cette annonce sonne comme une bouffée d’oxygène.
* Le financement est-il disponible ? La Rawbank a officiellement confirmé son engagement technique. Toutefois, le passage de 200 millions à 1 milliard de dollars reste, à ce stade, une projection optimiste conditionnée par la signature de protocoles d’accord avec d’autres banques qui attendent de voir les mécanismes de garantie souveraine.
* L’accès est-il garanti pour tous ? Si le discours officiel prône l’équité, les critères d’éligibilité (le « scoring » bancaire) demeurent la propriété des banques. Sans une réforme structurelle du Fonds de Garantie de l’Entrepreneuriat au Congo (FOGEC), le risque de voir ces fonds captés par une élite déjà bancarisée est réel.
* Le rôle de l’ARSP : Miguel Kashal Katemb mise sur la loi sur la sous-traitance pour forcer la main au destin. L’idée est de coupler le financement de Vunga aux marchés captés dans le secteur minier. Une stratégie cohérente, mais dont l’exécution dépendra de la lutte contre les prête-noms, un fléau que l’ARSP tente encore de juguler.
Le spectre des éléphants blancs
Au-delà des chiffres, c’est la crédibilité de l’action publique qui se joue. La RDC n’en est pas à son premier fonds de soutien. Pour que « Vunga » ne rejoigne pas le cimetière des projets mort-nés, la transparence dans l’attribution des crédits sera le juge de paix. Comme le souligne la rédaction, le succès ne se mesurera pas aux millions décaissés, mais au nombre d’emplois créés et à la pérennité des entreprises financées. Le déclic économique est à ce prix.
Dan Banze Lwaba