RDC | La production de cobalt menacée par une pénurie mondiale d’acide sulfurique

La République démocratique du Congo (RDC) fait face à un risque de contraction historique de sa production minière. Selon une analyse de la banque d’affaires Goldman Sachs, le pays pourrait réduire sa production de cobalt de 125 000 tonnes d’ici 2026. En cause : l’interruption des exportations chinoises d’acide sulfurique, conséquence directe de l’escalade des tensions au Moyen-Orient qui fragilise les routes maritimes mondiales.

Le conflit en cours dans le golfe Persique a provoqué la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 50 % de l’offre mondiale de soufre transporté par voie maritime. Cette rupture d’approvisionnement a poussé Pékin, premier producteur mondial d’acide sulfurique (45 % des parts de marché), à suspendre ses exportations début mai pour sécuriser sa consommation intérieure. L’acide sulfurique est pourtant le réactif indispensable au procédé de lixiviation, qui permet d’extraire le cuivre et le cobalt des minerais oxydés.

Cette rareté a provoqué un choc inflationniste sur les intrants miniers. Sur les marchés internationaux, le prix de l’acide sulfurique a bondi de 50 % à 100 % depuis février 2026. En parallèle, le cours du cuivre reste élevé, gravitant autour de 12 300 dollars la tonne. Pour les opérateurs miniers en RDC, l’équation devient intenable : les coûts de traitement explosent alors que les quotas d’exportation imposés par Kinshasa restreignent déjà les marges de manœuvre. Au premier trimestre 2026, les volumes mondiaux d’acide sulfurique échangés se sont effondrés, passant de 113 000 à seulement 29 200 tonnes.

Dans ce paysage sombre, le complexe minier de Kamoa-Kakula, dans le Lualaba, fait figure d’exception. Grâce à sa nouvelle fonderie, le géant Ivanhoe Mines a annoncé produire environ 1 350 tonnes d’acide sulfurique par jour. Avec une capacité annuelle projetée à 700 000 tonnes, le site pourrait non seulement couvrir ses propres besoins mais aussi devenir un fournisseur stratégique local. Cette crise souligne l’urgence pour la RDC de développer ses propres capacités de transformation et de production d’intrants pour briser sa dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales.

 

Willy Ulengu Samuanda

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