RDC | À Kasangulu, le gouvernement sacrifie le péage pour sauver le trafic sur la RN1

Face à l’asphyxie persistante de la Route Nationale 1 (RN1), le ministre des Infrastructures et Travaux publics (ITP), Alexis Gisaro (ou autorité compétente selon le remaniement actuel), a ordonné ce samedi 16 mai la suspension exceptionnelle des frais de péage à Kasangulu pour une durée de 48 heures. Cette décision d’urgence vise à désengorger un axe Kinshasa-Matadi totalement paralysé depuis deux semaines, privilégiant la fluidité économique de la capitale sur les recettes immédiates du Trésor public.

Le poumon économique de la République démocratique du Congo était au bord de l’infarctus. Depuis plus de quatorze jours, le tronçon reliant Kinshasa à Kasangulu s’est transformé en un immense parking à ciel ouvert. Des milliers de poids lourds, transportant des denrées périssables et des biens manufacturés, sont restés immobilisés pare-chocs contre pare-chocs. Ce blocage, qualifié de « critique » par les autorités, résulte d’une conjonction de facteurs : des travaux de surélévation de la chaussée en cours et l’obsolescence du système de perception manuel, incapable d’absorber le flux croissant de véhicules.

Le calcul de l’exécutif, sous l’impulsion du chef de l’État et de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, relève d’une froide logique économique. Selon les estimations gouvernementales, le manque à gagner fiscal de ces 48 heures de gratuité est dérisoire face au coût social et à l’inflation potentielle induite par la rupture de la chaîne d’approvisionnement de Kinshasa. En levant les barrières, le ministère espère résorber le « bouchon monstre » et permettre une reprise normale des activités commerciales entre le port de Matadi et le centre de consommation kinois.

Cet épisode met en lumière la fragilité des infrastructures de transport en RDC. Si la suspension du péage offre un répit salutaire, elle agit comme un pansement sur une plaie structurelle. La lenteur des processus de digitalisation de la perception et la gestion parfois chaotique des chantiers routiers sur les axes à fort trafic restent des défis majeurs pour le gouvernement. Pour les observateurs, cette crise souligne l’urgence de moderniser non seulement le bitume, mais aussi l’ingénierie administrative qui l’accompagne.

La fluidité retrouvée à Kasangulu sera scrutée de près par les opérateurs économiques dès lundi. Si cette mesure d’exception prouve l’agilité du gouvernement face à l’urgence, elle rappelle surtout que sur la RN1, chaque minute d’arrêt se chiffre en millions de francs congolais perdus pour l’économie nationale.

Willy Ulengu Samuanda

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