
Le débat sur la précarité salariale en République démocratique du Congo (RDC) vient de trouver un écho retentissant dans le secteur privé. Lors d’une intervention sur la chaîne nationale (RTNC) ce 16 mai, Augustin Kalunga Santé, président du Holding Cabinet G10, a fustigé le non-respect du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) par de nombreuses entreprises locales. Entre dénonciation de « l’esclavagisme moderne » et promotion de son propre modèle social, l’entrepreneur appelle l’État à une coercition accrue pour garantir la dignité des travailleurs.
Le constat est sans appel : malgré les revalorisations successives, le SMIG reste, pour une large partie du patronat congolais, une recommandation plutôt qu’une obligation. Augustin Kalunga a pointé du doigt l’aberration de rémunérations oscillant entre 80 000 et 200 000 francs congolais (FC) par mois pour des postes à responsabilités. « Peuvent-ils eux-mêmes vivre avec un tel salaire ? », s’est-il interrogé, dénonçant un système de « travaux lourds et rémunérations dérisoires » incompatible avec les bénéfices affichés par certaines grandes structures.
Pour pallier ces défaillances, le PDG du Groupe G10 plaide pour une réforme de la surveillance du marché de l’emploi. Il suggère la création d’une Commission nationale de suivi de la paie, dotée d’un pouvoir de sanction allant jusqu’à la fermeture immédiate des entreprises réfractaires. Cette instance aurait pour mission d’imposer le respect du taux actuel de 21 500 FC par jour, un seuil censé protéger le travailleur contre l’inflation galopante, mais dont l’application sur le terrain reste sporadique.
Au-delà de la critique, Augustin Kalunga expose la politique de son groupe comme un contre-modèle. Avec des salaires de base débutant à 600 000 FC pour les agents d’exécution et atteignant 10 millions de FC pour la haute direction, le Holding Cabinet G10 se positionne bien au-delà des exigences légales. Si cette transparence salariale vise à démontrer la viabilité d’un capitalisme à visage humain en RDC, elle souligne surtout le fossé abyssal qui sépare les champions nationaux émergents du secteur informel ou des PME en difficulté, pour lesquelles l’entrepreneur concède qu’une certaine « flexibilité » reste nécessaire.
Alors que la promotion de l’entrepreneuriat local est au cœur du programme de Félix Tshisekedi, le cas d’Augustin Kalunga souvent cité comme l’une des réussites majeures de ce quinquennat pose une question de fond : la croissance économique congolaise peut-elle se pérenniser sans une redistribution équitable des richesses ? Le bras de fer entre profitabilité et justice sociale ne fait que commencer.
Willy Ulengu Samuanda