Financement de l’Afrique | Brazzaville reçois l’assemblée générale annuelle BAD, les dirigeants cherchent la clé de l’autonomie face au déclin de l’aide internationale

En accueillant les Assemblées annuelles de la BAD, la République du Congo devient l’épicentre des réformes économiques du continent. Entre transition à la tête de l’institution et projet de banque dédiée aux méga-infrastructures, les décideurs africains tentent de parer la baisse des financements extérieurs.

L’Afrique financière joue sa partition sur les rives du fleuve Congo. Du 25 au 29 mai 2026, Brazzaville se transforme en capitale économique du continent en abritant les 61es Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), couplées à la 52e Assemblée du Conseil des gouverneurs du Fonds africain de développement (FAD). Dans un monde de plus en plus fragmenté, marqué par un tarissement sans précédent de l’aide publique au développement, plus de 3 000 délégués – chefs d’État, ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales tentent de poser les jalons d’une souveraineté financière consolidée. « L’Afrique est appelée à innover, identifier et, surtout, mobiliser ses propres ressources pour financer son avenir », résume un conseiller de l’institution en marge de l’ouverture des travaux.

Ces assises de Brazzaville revêtent une portée historique particulière. Elles marquent le premier grand rendez-vous de l’ère post-Akinwumi Adesina, ouvrant un nouveau chapitre de l’histoire de la Banque sous l’influence des réformes stratégiques qui entourent le processus de transition. Pour les actionnaires des 81 pays membres, l’enjeu est double : maintenir la notation triple A de l’institution tout en bousculant les règles du jeu multilatéral à travers une Nouvelle architecture financière africaine. « Les assises de Brazzaville offrent une occasion unique aux dirigeants africains et aux acteurs privés de débattre des enjeux économiques de l’heure », souligne le secrétariat général de la Banque, insistant sur l’urgence de réformer les mécanismes de notation du risque africain sur les marchés internationaux.

Pour le pays hôte, l’opportunité politique est tout aussi majeure. Le ministre congolais de l’Économie, du Plan, de la Statistique et de la Prospective, Ludovic Ngatsé, qui assure la présidence du Conseil des gouverneurs, entend lier le destin de l’institution aux ambitions de développement de son propre pays. *« Ces Assemblées tombent très bien pour le Congo, parce que nous sommes au début d’un quinquennat qui veut dire un nouveau Programme national de développement qui intègre une nouvelle vision qui est celle de Congo 2063 »*, a-t-il estimé. Selon lui, la vision de Brazzaville reste complémentaire à celle de la BAD : *« bâtir des infrastructures de transport et d’énergie résilientes et durables pour promouvoir l’intégration africaine.

Le dossier le plus attendu dans les couloirs du Centre de conférence concerne le projet de création d’une future banque de financement exclusivement dédiée aux infrastructures. Cette initiative structurelle majeure vise à recentrer la mission de la BAD sur les chantiers panafricains à fort impact transfrontalier, en déléguant la gestion des projets de moindre envergure aux banques de développement régionales. « Il est temps que la BAD se consacre pleinement aux projets hautement transformateurs de l’Afrique afin d’accélérer l’intégration des marchés du continent », explique un économiste de la délégation ouest-africaine.

Cette ambition de transformation s’inscrit dans un contexte macroéconomique globalement résilient mais profondément contrasté selon les régions. Les dernières prévisions de l’institution maintiennent des taux de croissance pour l’Afrique supérieurs à la moyenne mondiale, talonnant de près l’Asie émergente. L’Afrique de l’Est conserve la tête du peloton avec une croissance projetée à 5,9 %, portée par la dynamique structurelle de l’Éthiopie, du Rwanda et de la Tanzanie. L’Afrique de l’Ouest affiche un solide 4,3 %, dopée par la mise en production de nouveaux gisements de gaz et de pétrole au Sénégal et au Niger. En revanche, la zone Afrique centrale ralentit à 3,2 %, tandis que l’Afrique australe ferme la marche avec une progression timide de 2,2 %, plombée par des crises énergétiques et logistiques récurrentes. « D’importants défis persistent pour transformer cette croissance en opportunités d’emplois pour la jeunesse »,soulignait déjà le rapport annuel sur les performances macroéconomiques présenté lors de l’édition précédente à Abidjan.

Ce retour aux sources de l’intégration économique renvoie inévitablement à l’acte de naissance de l’institution. Créée le 4 août 1963 à Khartoum, au Soudan, avant d’établir son siège permanent à Abidjan, la BAD est née de la volonté d’émancipation des jeunes nations africaines au lendemain des indépendances. Soixante ans plus tard, la problématique de la mobilisation des capitaux locaux reste entière.

Les perspectives d’avenir de cette session de mai 2026 dépendront de la capacité des gouverneurs à traduire la thématique de la mobilisation des ressources en engagements financiers contraignants. Alors que les pays d’Afrique centrale et australe cherchent à redynamiser leurs économies respectives, le projet de la nouvelle architecture financière africaine se présente comme l’ultime rempart contre la volatilité des marchés extérieurs. Le sommet de Brazzaville a posé les jalons juridiques ; il revient désormais aux États membres d’alimenter les caisses de cette ambition panafricaine. À Sasa Studio, nous tenons le décompte des promesses de financement.

 

Willy Ulengu

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