Nommé mais banni dans le gouvernement provincial du Kasaï-central | Crispin Kekenyi, le ministre des Finances que l’UDPS et le gouvernorat refusent de notifier 

Nommé mais empêché d’entrer en fonction, le nouveau ministre provincial des Finances, Crispin Kekenyi Mawanga, est au cœur d’un bras de fer politico-numérique à Kananga. Entre procès en sorcellerie politique et rivalités au sommet de l’exécutif, l’affaire révèle les fêlures de la coalition provinciale.

À Kananga, les fauteuils ministériels ont parfois des assises éphémères ou de longs délais d’accès. Alors que l’ensemble de l’équipe gouvernementale « Kambulu II » a déjà pris possession de ses bureaux officiels, un homme reste sur le parvis : Crispin Kekenyi Mawanga. Nommé ministre provincial des Finances, de l’Économie et de l’Industrie, ce jeune technocrate n’a toujours pas reçu sa notification officielle. Une anomalie administrative qui cache, en réalité, une sourde bataille politique entre le gouvernorat et les instances de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel.

Au centre du blocage se trouve un procès en infidélité politique. Des cadres locaux du parti présidentiel accusent le nouveau ministre d’avoir masqué ses réelles affinités. Selon eux, Crispin Kekenyi ne serait pas le militant de la première heure recommandé par la base, mais un proche d’Envol, la formation politique de l’opposant et ancien candidat à la présidentielle Delly Sesanga. Pour appuyer cette offensive, des officines ont exhumé d’anciennes publications numériques de l’intéressé, contenant des critiques sur la gouvernance centrale.

Pourtant, un examen minutieux de l’activité numérique de Crispin Kekenyi nuance fortement ce portrait à charge. À l’instar d’une jeunesse congolaise connectée et soucieuse de développement, l’homme publiait des analyses sociopolitiques variées, dont plusieurs prenaient ouvertement fait et cause pour les initiatives du président Félix Tshisekedi.

« Je n’ai jamais été contre le pouvoir central ; en tant que jeune, j’ai toujours soutenu la vision du Chef de l’État », s’est défendu Crispin Kekenyi Mawanga, se disant victime d’une campagne de diabolisation orchestrée pour le contraindre à céder sa place.

Dans l’entourage du ministre empêché, les regards se tournent avec insistance vers le vice-gouverneur de la province. Ce dernier est accusé de faire de la résistance active en bloquant la signature des documents de notification, dans l’espoir de replacer un pion fidèle aux intérêts directs de sa propre sensibilité.

« Nous assistons à une tentative claire de confiscation du pouvoir financier de la province par un camp qui veut tirer toute la couverture à soi », confie sous anonymat un représentant de la jeunesse du territoire de Luiza, structure d’origine du ministre contesté.

Ce blocage met en lumière la fragilité de l’architecture du gouvernement Kambulu II, né de laborieuses négociations post-électorales. En cédant à la pression des réseaux sociaux et des états-majors politiques sans vérification préalable, l’exécutif central du Kasaï-Central donne l’impression de naviguer à vue, suspendu aux humeurs de sa base militante.

Cette crise rappelle les turbulences qui avaient secoué la fin du mandat de l’ancien gouverneur John Kabeya Shikayi, où la gestion des régies financières de la province avait provoqué une rupture définitive entre l’assemblée provinciale et l’exécutif. À l’époque, les accusations de mauvaise gestion et le népotisme dans les nominations avaient paralysé la mobilisation des recettes locales pendant plusieurs mois.

L’avenir du portefeuille des Finances au Kasaï-Central demeure en suspens. En privant ce secteur névralgique de son titulaire au motif d’une querelle de positionnement, la province prend le risque de ralentir ses réformes économiques. Pour le président Félix Tshisekedi, qui martèle régulièrement sa volonté de voir la jeunesse s’impliquer dans les instances de décision, le cas Kekenyi fait figure de test. Le gouverneur Joseph-Moïse Kambulu devra trancher rapidement : valider la nomination de son ministre ou céder au diktat de la rue politique. À Kananga, les caisses de la province attendent leur gardien, et Sasa Studio garde les yeux fixés sur le Journal officiel.

Willy Ulengu Samuanda

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