
Du chantier géant du Grand Marché « Zando » aux confins populaires de Ndjili, le chef de l’État a mené ce week-end un véritable marathon d’inspection. Une descente sur le terrain destinée à évaluer la modernisation urbaine et à tester la nouvelle stratégie de salubrité de l’exécutif provincial.
Gérer une mégapole de plus de 17 millions d’âmes en pleine mutation exige plus que des rapports de cabinet : il faut tâter le pouls du béton et de la rue. Ce samedi 23 mai 2026, le président Félix Tshisekedi s’est plié à cet exercice de contrôle direct en inspectant les chantiers névralgiques de Kinshasa. Accompagné du vice-gouverneur Eddy Iyeli Molangi qui assure l’intérim du gouverneur Daniel Bumba en mission à l’étranger et d’un aréopage de ministres clés (Finances, ITPR, Transports, Sports), le chef de l’État a mesuré la distance qui sépare les maquettes de la réalité quotidienne des Kinois.

« Cette présence présidentielle au cœur des artères en chantier vise à maintenir la pression sur les constructeurs à un moment où la congestion routière alimente la grogne populaire », commente un cadre de l’Hôtel de ville.
Le point d’orgue de cette itinérance s’est joué sur le site hautement stratégique du marché central, le mythique « Zando ». Fermé et démoli pour des raisons de salubrité et de sécurité, sa reconstruction entre désormais dans sa phase critique. La future structure affiche des dimensions herculéennes : 80 000 étals, plus de 680 magasins répartis sur plusieurs niveaux, des espaces de restauration, un parking et des infrastructures logistiques dotées de chambres froides pour endiguer le gaspillage des denrées.
« La réouverture prochaine de Zando n’est pas seulement un enjeu commercial, c’est le poumon économique de la classe moyenne informelle kinoise qui doit enfin respirer », insiste un représentant de l’intersyndicale des vendeurs.
La journée présidentielle s’est poursuivie sans transition vers l’Est de la capitale, dans le district réputé difficile de la Tshangu. À Ndjili, Félix Tshisekedi a inauguré la nouvelle maison communale avant de s’enquérir de l’avancement des travaux routiers sur le Boulevard Luemba et l’avenue Maître Croquet. Ces axes de désenclavement sont cruciaux pour une municipalité étouffée par le manque de voiries secondaires.
« Désenclaver la Tshangu par des infrastructures modernes est une priorité absolue pour stabiliser le tissu social et sécuritaire de cette partie de la ville », analyse un urbaniste basé dans la capitale.

Au-delà du béton, le grand défi de cette tournée présidentielle reste la gestion des déchets et des flux humains autour de ces nouveaux joyaux. Pour nettoyer les abords de Zando et éradiquer les marchés pirates, les autorités de la ville ont dû innover face aux carences logistiques. Le gouverneur Daniel Bumba a ainsi acté la mise en mouvement de la Brigade Spéciale pour la Protection de l’Environnement (BSPE). Cette nouvelle unité vient en appui à une Police Nationale Congolaise (PNC) officiellement jugée défaillante dans le maintien de l’ordre hygiénique.
« L’activation de la BSPE est un aveu implicite que les structures policières classiques ont échoué à faire respecter la salubrité publique dans la capitale », observe un activiste du réseau Kinshasa Propre.
Ce n’est pas la première fois qu’un exécutif provincial tente d’inventer une recette miracle pour nettoyer le grand marché. Les Kinois se souviennent qu’en janvier 2021, lors de la fermeture initiale de Zando, le programme « Kinshasa Bopeto » avait promis de métamorphoser le centre-ville en quelques mois. Le manque de suivi, le siphonnage des taxes d’assainissement et les conflits d’attribution avaient rapidement transformé ces promesses en un lointain souvenir, laissant les ordures regagner le bitume.
L’avenir des infrastructures kinoises dépendra de la viabilité à long terme de ces réformes administratives. Le déploiement de la brigade BSPE et le curage mécanisé des caniveaux devront survivre à la visite présidentielle sous peine de voir le nouveau marché Zando assiégé par l’insalubrité dès ses premières semaines d’exploitation.

Pour le duo Bumba-Iyeli, le test des prochains mois sera budgétaire : il s’agira de prouver que les recettes locales de la ville-province peuvent financer de manière autonome le ramassage des déchets sans dépendre éternellement des subventions du gouvernement central. À Sasa Studio, nous refusons les slogans triomphalistes ; nous évaluerons la réussite de cette tournée au nombre de caniveaux qui resteront propres une fois le cortège officiel rentré au palais.
Willy Ulengu Samuanda