
Arrêté ce mardi à Kinshasa, le bouillant opposant Barnabé Milinganyo Wimana est de nouveau entre les mains de la justice. Face à cette tension, son parti, le RCC, appelle ses militants au calme tout en invoquant la garantie constitutionnelle de la liberté d’expression.
Les couloirs de la justice kinoise s’apprêtent-ils à revivre les grands procès d’opinion ? Ce mardi 26 mai 2026, l’arène politique congolaise a été secouée par l’interpellation de Barnabé Milinganyo Wimana, autorité morale et président national du Rassemblement pour le Changement du Congo (RCC). Quelques heures seulement après l’arrestation de ce leader connu pour ses sorties médiatiques sans concession, le secrétariat permanent du parti a publié un communiqué officiel au ton mesuré, tranchant avec la virulence habituelle de sa base.
« Le secrétariat permanent suit avec une attention particulière cette situation et appelle tous ses membres au calme, à la discipline et à la retenue, tout en évitant toute forme de tension inutile », tempère Fidel Fido Saïd El Omar, secrétaire permanent chargé de la mobilisation au RCC.
Pour le RCC, l’enjeu de cette première phase de procédure est de sanctuariser l’image de son président tout en évitant l’affrontement direct avec le pouvoir de l’Union sacrée. La direction du parti a choisi d’axer sa ligne de défense sur le terrain du droit pur et des libertés fondamentales. Tout en réaffirmant une confiance de façade envers l’indépendance de la magistrature congolaise, les cadres du parti rappellent que les opinions politiques ne sauraient être criminalisées dans un État de droit.
« La liberté d’opinion et d’expression est garantie par la Constitution de la République démocratique du Congo, et nous demeurons convaincus que la vérité et le droit prévaudront », martèle le communiqué du parti, tentant ainsi de politiser subtilement le débat technique du prétoire.
Cette arrestation intervient dans un climat politique kinois très surveillé, où la frontière entre la critique républicaine et l’incitation à la haine fait l’objet d’une vigilance accrue de la part des services de sécurité. Les lieutenants de Milinganyo, tout en invitant les fédérations à rester unies et sereines, savent que la mobilisation de la base sera le principal levier de négociation dans les jours à venir.
« Demander aux militants de rester mobilisés tout en exigeant le calme est une stratégie classique pour peser sur le rapport de force politique sans prêter le flanc à des accusations de trouble à l’ordre public », analyse un constitutionnaliste de l’Université de Kinshasa.
Ce nouveau rendez-vous de Barnabé Milinganyo avec les juges réveille inévitablement les fantômes de son passé carcéral. En novembre 2020, alors en pleine crise de rupture de la coalition FCC-Cach, le président du RCC avait été arrêté, jugé en flagrance et condamné à trois ans de servitude pénale pour offense au chef de l’État, outrage aux institutions et menaces de mort. Bien qu’il ait bénéficié d’une grâce présidentielle signée par Félix Tshisekedi en cours de peine, cette jurisprudence démontre que l’homme est un habitué des lignes de crête juridiques, une réalité que les magistrats instructeurs ne manqueront pas de mettre sur la table lors des prochaines auditions.
Les attentes pour le patron du RCC dépendront de la qualification exacte des faits qui lui sont reprochés par le ministère public. Si les griefs se limitent à un excès de langage médiatique, les avocats du parti pourraient obtenir une mise en liberté provisoire dès le milieu de la semaine, permettant ainsi une désescalade politique à Kinshasa.
Dans le cas contraire, un maintien en détention préventive prolongé risquerait d’enflammer les fédérations de l’intérieur du pays et de tendre davantage les rapports entre l’opposition radicale et le gouvernement Suminwa. À Sasa Studio, nous installerons nos calepins devant le parquet d’instruction ; car lorsque la liberté d’un chef de parti se joue devant les juges, c’est la solidité de la démocratie congolaise tout entière qui passe le test.
Willy Ulengu Samuanda