Mambasa | Le journaliste Roger Kakulirahi aux arrêts pour avoir braqué sa caméra sur le trafic de boîts

Le dimanche 31 mai 2026, l’interpellation brutale de Roger Kakulirahi, correspondant de Kilalopress et collaborateur de B-ONE, a jeté un froid sur la liberté de la presse en Ituri. Arrêté par la Police Nationale Congolaise (PNC) alors qu’il documentait un dépôt de bois suspecté d’appartenir à un officier, le journaliste devient le visage d’une lutte périlleuse entre le droit à l’information et l’exploitation illicite des forêts protégées.

L’incident s’est produit à Mayuano, au cœur de la chefferie de Babila Bakwanza. Roger Kakulirahi, membre actif des Journalistes Amis de la Nature (JAN), effectuait des prises de vues pour un reportage sur la déforestation lorsqu’il a été intercepté. Selon les premiers témoignages, son « crime » serait d’avoir filmé un stock de bois de construction dont la propriété remonterait à un responsable local de la police. « On ne peut pas prétendre protéger la nature tout en menottant ceux qui dénoncent sa destruction », s’insurge un membre de sa rédaction, soulignant le paradoxe d’une arrestation opérée par ceux-là mêmes qui devraient garantir l’ordre et la loi.

Ce dossier n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’une tension croissante dans le territoire de Mambasa, zone tampon de la Réserve de Faune à Okapis (RFO). Kakulirahi est connu pour son expertise sur les questions environnementales dans la région de Beni-Mambasa, où il traque sans relâche les réseaux de sciage artisanal illégal. « Le journalisme d’investigation environnementale est devenu une profession à haut risque dans l’est de la RDC », précise une source au sein d’une ONG de défense des droits de l’homme, rappelant que la visibilité médiatique est souvent le seul rempart contre l’impunité des prédateurs des ressources naturelles.

Cette interpellation fait écho aux alertes répétées de l’UNESCO et des organisations écologistes sur la pression anthropique subie par les aires protégées de l’Ituri. Par le passé, plusieurs rapports ont déjà pointé du doigt l’implication présumée de certains agents de l’ordre dans le commerce illicite de bois d’œuvre, une pratique qui fragilise les efforts de conservation. « Chaque arbre abattu illégalement est une entaille dans l’avenir climatique de la région », entendait-on lors du dernier forum sur la gouvernance forestière à Bunia.

La libération de Roger Kakulirahi dépend désormais de la mobilisation des organisations de défense de la presse, telles que l’UNPC et JED, qui exigent sa libération immédiate et sans condition. Sur le plan judiciaire, cette affaire pourrait forcer l’Inspection Générale de la Police à se pencher sur les activités commerciales de ses agents dans les zones de conflit. En attendant, le silence imposé à Mayuano ne fait qu’amplifier l’écho d’une question fondamentale : qui, de la loi ou de la tronçonneuse, aura le dernier mot dans le bassin du Congo ?

Willy Ulengu Samuanda

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