
Le silence des institutions est parfois plus assourdissant que le fracas des armes. Ce samedi 13 juin 2026, l’hémicycle de l’Assemblée nationale a résonné d’un vide symbolique lorsque les députés du Nord-Kivu et de l’Ituri ont quitté la plénière, suspendant leur participation aux travaux parlementaires.
« Si nos populations sont exterminées, auprès de qui allons-nous rentrer pour rendre compte ? », s’est indigné Daniel Furaha Uma, élu de Mahagi, traduisant le sentiment d’abandon d’une région où le droit à la vie semble être devenu une option.
Cette rupture radicale n’est pas un simple coup d’éclat politique, mais l’expression d’un ras-le-bol face à une insécurité qui défie le temps et les stratégies. Au cœur de la discorde : l’état de siège, instauré en mai 2021, qui franchit cette année le cap des cinq ans sans avoir réussi à briser le cycle de la violence.
« C’est inadmissible que le bureau de l’Assemblée refuse d’ouvrir un débat de fond sur l’agression que nous subissons », martèlent les élus, pointant du doigt l’expansion des terroristes de l’ADF jusqu’au Haut-Uele et l’occupation persistante de vastes zones par le M23, soutenu par Kigali.
L’urgence est désormais de confronter les responsables de la chaîne sécuritaire à leurs résultats. Les députés exigent la convocation immédiate des ministres de l’Intérieur et de la Défense pour obtenir des résolutions concrètes, loin des discours de circonstance.
« Nous demandons que cette question soit débattue en présence des membres du gouvernement concernés », insiste le collectif des élus, rappelant que les massacres récents à Beni témoignent d’une dégradation sécuritaire que les rapports officiels peinent parfois à traduire dans toute sa cruauté.
Ce mouvement de protestation rappelle étrangement la fronde de 2022, où les élus de l’Est avaient déjà boycotté les séances pour les mêmes motifs, soulignant une répétition tragique de l’histoire parlementaire congolaise. À l’avenir, l’issue de cette crise institutionnelle dépendra de la capacité du bureau de l’Assemblée à transformer cette colère en un dialogue national inclusif. Alors que les médiations internationales piétinent, la réponse pourrait bien devoir venir du cœur même de la démocratie congolaise, avant que le fossé entre Kinshasa et ses provinces meurtries ne devienne irrémédiable.
Willy Ulengu Samuanda