Kinshasa | Le député Steve Mulumba Kongolo dépose un édit pour mettre fin à l’anarchie des morgues et cimetières

La gestion des morgues, des funérailles et des cimetières pourrait bientôt entrer dans une nouvelle ère. Le député provincial de Lemba, Steve Mulumba Kongolo, a déposé le 23 juin une proposition d’édit à l’Assemblée provinciale de Kinshasa afin de réglementer un secteur considéré depuis longtemps comme l’un des plus sensibles de la capitale congolaise.

« Nous voulons combler un vide juridique devenu préoccupant », a expliqué l’élu, soulignant que les principaux textes qui encadrent encore ce domaine remontent à l’époque coloniale, notamment aux années 1909-1914, et ne répondent plus aux réalités actuelles d’une mégapole de plus de quinze millions d’habitants.

Cette initiative intervient dans un contexte marqué par de nombreuses préoccupations sanitaires, environnementales et administratives. Depuis plusieurs mois, la Commission Environnement et Aménagement du territoire de l’Assemblée provinciale multiplie les missions de contrôle dans les morgues, les hôpitaux et les cimetières de la capitale. Ces enquêtes ont mis en lumière des dysfonctionnements importants, notamment l’existence de cimetières fonctionnant sans documents administratifs complets, des enterrements dans des sites déjà saturés ainsi que des constructions observées à l’intérieur de certains espaces funéraires.

« La dignité humaine ne s’arrête pas à la mort », est l’un des principes qui sous-tendent cette réforme. Selon les constats dressés par la commission parlementaire, près de 80 % des cimetières inspectés ne disposeraient pas de dossiers administratifs conformes. Des pratiques d’inhumation par superposition continuent également d’être signalées dans certains cimetières officiellement fermés depuis plusieurs années.

La proposition d’édit prévoit notamment un encadrement plus strict de l’exploitation des morgues, l’introduction de normes sanitaires renforcées, une meilleure traçabilité des décès ainsi qu’un contrôle accru des activités funéraires. Elle ambitionne également de lutter contre la marchandisation excessive de certains services mortuaires dénoncée par plusieurs acteurs institutionnels. Cette orientation rejoint d’ailleurs les récentes mesures prises par le gouvernement provincial visant à fermer les morgues ne respectant pas les normes légales et sanitaires.

« Une ville moderne ne peut fonctionner avec des règles datant d’un autre siècle », soutiennent plusieurs observateurs du secteur.

Les enjeux dépassent en effet la seule gestion des sépultures. Ils touchent à la santé publique, à l’aménagement urbain et à la protection de l’environnement. Plusieurs spécialistes alertent notamment sur les risques liés à la saturation des cimetières, à la pollution des sols et à la mauvaise gestion des espaces funéraires dans une ville en pleine expansion démographique.

Cette proposition d’édit devra maintenant être examinée par les commissions compétentes puis soumise au vote de la plénière de l’Assemblée provinciale après les vacances parlementaires. En cas d’adoption, le texte sera transmis à l’autorité urbaine pour promulgation.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité des actions menées depuis fin 2025 par la Commission Environnement de l’Assemblée provinciale. Plusieurs missions d’information avaient alors été lancées dans les hôpitaux, les morgues et les cimetières afin d’évaluer leur conformité aux normes d’urbanisme et d’hygiène. Ces travaux avaient notamment révélé l’existence de centaines de corps abandonnés dans les morgues de Kinshasa ainsi que la disparition de nombreuses sépultures à la suite d’inhumations successives dans certains cimetières saturés.

Si le texte franchit toutes les étapes législatives, Kinshasa pourrait disposer pour la première fois depuis plusieurs décennies d’un cadre juridique modernisé pour l’organisation des morgues, des funérailles et des cimetières. Une réforme qui, selon ses promoteurs, vise autant à protéger la santé publique qu’à garantir le respect dû aux défunts et à leurs familles dans une capitale confrontée à de profondes mutations urbaines.

« Réformer aujourd’hui, c’est préserver la dignité de demain », résume l’esprit de cette initiative.

Willy Ulengu Samuanda

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