
La République démocratique du Congo entend renforcer sa voix dans les négociations internationales sur le climat. Réunis le vendredi 17 juillet à Kinshasa, des négociateurs nationaux, experts, représentants de la société civile et des peuples autochtones ont pris part à un atelier stratégique destiné à faire de l’agroécologie un axe majeur de la position congolaise lors de la 31ᵉ Conférence des Parties sur le climat (COP31), prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie.
« Les négociations se gagnent avec des arguments solides et une vision claire », ont rappelé les organisateurs.
Organisé par la Direction du développement durable du Secrétariat général à l’Environnement, en partenariat avec la Société civile environnementale et Agro-Rurale du Congo (SOCEARUCO), cet atelier visait à renforcer les capacités des négociateurs sur les liens entre changement climatique, sécurité alimentaire et agriculture durable. L’objectif est de permettre à la RDC de défendre l’agroécologie au même niveau que la préservation des forêts dans les discussions internationales.
« Nos communautés pratiquent déjà des solutions qui protègent les écosystèmes ; elles méritent d’être reconnues sur la scène mondiale », a déclaré Cathy Mboyangawo, présidente de la SOCEARUCO.
Les échanges ont mis en évidence les défis auxquels fait face le secteur agricole congolais. Malgré un potentiel exceptionnel en terres arables et en ressources en eau, les pratiques agricoles extensives contribuent encore à la déforestation et à la dégradation des sols. Les participants ont souligné que l’agroécologie constitue une réponse capable de restaurer la fertilité des terres, préserver la biodiversité, renforcer le stockage du carbone et améliorer la résilience des communautés rurales.
« Une agriculture durable est un investissement dans l’avenir du pays », a expliqué l’ingénieur Don Bomashi.
Les experts ont également insisté sur le rôle essentiel des petits producteurs, qui assurent l’approvisionnement alimentaire des grandes villes congolaises. Pour Beya Kadima Richard, directeur coordonnateur national du Service national de protection agroécologique, ces exploitants représentent le véritable moteur de la sécurité alimentaire nationale.
« Ce sont les producteurs familiaux qui nourrissent aujourd’hui les centres urbains ; leur expérience doit être au cœur des politiques climatiques », a-t-il affirmé.
Au-delà des données scientifiques, les participants ont plaidé pour une meilleure valorisation des savoirs endogènes. Le point focal national climat auprès de la CCNUCC, Aimé Mbuyi Kalombo, a estimé que la RDC devra présenter un argumentaire convaincant afin de mobiliser les partenaires internationaux. De son côté, Mfumu Difima a invité les négociateurs à intégrer davantage les autorités coutumières et les connaissances traditionnelles dans la stratégie nationale.
« La science et les savoirs ancestraux doivent avancer ensemble pour bâtir des solutions durables », a-t-il déclaré.
Les conclusions de cet atelier serviront à élaborer une note de position officielle qui guidera la délégation congolaise lors des négociations de la COP31. Ce document devra démontrer que l’agroécologie constitue une solution crédible en matière d’adaptation, de résilience climatique, de sécurité alimentaire et d’accès aux financements internationaux.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des engagements pris par la RDC lors des précédentes conférences des Nations unies sur le climat, où le pays s’est imposé comme un acteur incontournable grâce à son patrimoine forestier et à son rôle dans la régulation du climat mondial. En élargissant aujourd’hui son plaidoyer à l’agroécologie, Kinshasa ambitionne de consolider son statut de « pays-solution » en proposant un modèle qui associe innovation scientifique, protection de la biodiversité et valorisation des savoirs locaux.
Les prochaines semaines seront consacrées à finaliser la position nationale avant le rendez-vous d’Antalya, où la RDC cherchera à convaincre ses partenaires que la transition agroécologique est un levier essentiel pour l’avenir du continent africain.
Willy Ulengu Samuanda