À Goma, Joseph Kabila assume son leadership de l’AFC/M23 qui devient désormais FRN

Joseph Kabila ne laisse désormais plus de place à l’ambiguïté.

L’ancien président de la République a pris, le 12 octobre à Goma, la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), nouveau nom de la structure politico-militaire appelée à remplacer le dénominatif des supplétifs du Rwanda, « AFC/M23 » et à poursuivre le combat contre le Gouvernement. Reuters décrit cette création comme une étape majeure dans l’implication directe de Kabila dans l’insurrection de l’Est.

Autour de lui se retrouvent les mêmes visages qui ont incarné l’AFC/M23 : Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga.

Le changement de sigle ne change donc pas la réalité du dispositif.

L’AFC, désormais remplacée par le FRN, est inscrite sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies. L’ONU la décrit comme un mouvement politico-militaire allié au M23, fournissant un soutien politique, logistique et opérationnel à des groupes armés impliqués dans la déstabilisation de l’Est de la RDC. Le Conseil de sécurité rappelle également que l’AFC a publiquement appelé au renversement du gouvernement congolais.

Plus grave encore, plusieurs rapports des experts des Nations unies documentent l’implication directe de l’armée rwandaise aux côtés de l’AFC/M23.

Le rapport final de 2025 établit que l’AFC/M23 et les Forces de défense rwandaises ont mené conjointement des opérations ayant conduit notamment à la prise de Goma et Bukavu. Les experts indiquent aussi que les forces rwandaises ont participé aux combats, assuré la sécurité des dirigeants du mouvement et contribué à l’extension de son contrôle territorial.

En janvier 2026, l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis a elle-même reconnu une « coordination sécuritaire » entre Kigali et l’AFC/M23.

C’est donc dans cet environnement que Joseph Kabila choisit désormais d’assumer un leadership politique direct.

Le contraste est brutal.

L’homme qui a dirigé la République démocratique du Congo pendant dix-huit ans et qui, en tant que chef de l’État, avait la charge de défendre l’intégrité territoriale, prend aujourd’hui la tête d’une structure regroupant les principaux dirigeants d’un mouvement armé combattant l’État congolais.

Ce basculement intervient un an après une condamnation judiciaire extrêmement lourde.

Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire a reconnu Joseph Kabila coupable de trahison, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, organisation d’un mouvement insurrectionnel et complot, entre autres chefs d’accusation. Il a été condamné à mort par contumace. Kabila et ses soutiens ont dénoncé un procès politique, mais la condamnation demeure une décision judiciaire formelle de la justice militaire congolaise.

La création du FRN donne désormais un relief particulier à cette condamnation.

Kabila n’est plus seulement un ancien président contestant Félix Tshisekedi depuis l’opposition. Il prend la direction d’un appareil politico-militaire qui assume le recours à la force contre les institutions centrales et s’appuie sur les mêmes cadres que l’AFC/M23.

La ligne de fracture devient dès lors plus claire.

D’un côté, les institutions de la République revendiquent la défense de l’intégrité territoriale et de l’autorité de l’État. De l’autre, un ancien président condamné pour trahison choisit de prendre la tête d’un bloc armé dont les liens opérationnels avec le Rwanda ont été documentés par les Nations unies.

Le FRN ne constitue donc pas seulement un nouveau sigle dans la longue crise de l’Est.

Il marque surtout le moment où Joseph Kabila assume publiquement une trajectoire qui le place désormais au cœur du dispositif politico-militaire opposé au Gouvernement.

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