Pluies mortelles à Kinshasa | Pourtant la météo avait prévenu

Un drame annoncé. Kinshasa, la tentaculaire capitale, croule sous les eaux depuis la nuit du 4 au 5 avril. Les pluies diluviennes, tombées sans relâche, ont transformé des quartiers entiers en marécages, emporté des vies, submergé des routes, fragilisé des infrastructures. Vingt-deux morts, au moins, selon un bilan encore provisoire établi par les autorités. Des corps retrouvés dans les décombres, dans les boues, dans les maisons effondrées.

Du côté de l’Agence nationale de météorologie et de télédétection par satellite (METTELSAT), c’est l’heure du constat amer, presque fataliste.

« Notre prévision saisonnière pour mars, avril et mai annonçait déjà un excédent de précipitations sur Kinshasa, le Kongo Central, l’Équateur… », explique Augustin Tagisabo, chef de division à METTELSAT.

Mais entre le bulletin d’alerte et la réponse concrète des pouvoirs publics, il y a eu un gouffre. Un silence. Une inertie.

Les raisons de cette déferlante ? Techniques, climatiques, structurelles.

« Il ne s’agit pas ici de changement climatique à proprement parler, précise Tagisabo, mais bien d’une saison de pluies intense, favorisée par les fortes chaleurs récentes et une dynamique atmosphérique particulière – vents, températures de surface de la mer, mouvements des océans, voire même l’influence de cyclones tropicaux sur l’océan Indien. »

Pendant ce temps, Kinshasa suffoque. À Matadi Kibala, six membres d’une même famille ont été retrouvés sans vie sous un mur effondré. À Sebo, deux autres décès. À l’arrêt dit Pharmacie, devenu zone quasi inaccessible, deux nouvelles victimes. À Ngaliema, un enfant meurt, ses parents sont entre la vie et la mort. Et partout, la même image : routes dévastées, terre imbibée d’eau, flaques profondes, amas de boue, égouts à ciel ouvert.

Le boulevard Lumumba, colonne vertébrale de la ville, est devenu rivière. La rivière Ndjili, elle, est sortie de son lit. Résultat : 14 communes privées d’eau potable, la station de captage inondée, les installations de la SNEL endommagées, les quartiers plongés dans le noir.

Face à cette crise, le gouverneur Daniel Bumba tente de reprendre la main : évacuations avec l’appui de l’armée, réparations d’urgence, déviations temporaires, promesses de réouverture. Il fustige les constructions anarchiques, annonce des opérations de déguerpissement. Il parle d’ordre, de discipline, de plans. Mais le mal est fait.

Et les Kinois, eux, attendent. Les pieds dans la boue, les yeux vers un ciel qui n’a pas fini de gronder.

LUKEKA KALUME 

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