
Des millions de documents géologiques coloniaux, précieusement conservés au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) à Tervuren, sont devenus l’épicentre d’un différend international complexe. La République démocratique du Congo (RDC), riche en ressources minérales stratégiques comme le cuivre, le cobalt et le lithium, revendique, aux côtés de la société minière américaine KoBold Metals, un accès et une numérisation de ces archives. Ces documents, représentant environ 500 mètres linéaires de dossiers géologiques, sont considérés comme essentiels pour exploiter le potentiel minier du pays. Cependant, la Belgique, arguant de la nature fédérale de ces archives, refuse un accès exclusif à KoBold Metals, ouvrant la voie à un bras de fer diplomatique et scientifique.
La RDC, détenant une part significative des réserves mondiales de cobalt et étant un producteur majeur de cuivre, voit dans ces archives un moyen inestimable d’optimiser l’exploration et l’exploitation de ses ressources. En juillet dernier, un accord a été signé entre KoBold Metals et le gouvernement congolais, visant à numériser ces documents et à en assurer un accès public. Cet accord soulève un enjeu de taille : celui de la souveraineté sur les données stratégiques liées aux minerais critiques, essentiels à la transition énergétique mondiale.
La Belgique, par la voix de ses autorités, adopte une position ferme. Elle estime ne pas pouvoir accorder un privilège d’accès exclusif à une entreprise privée étrangère, KoBold Metals, sans un lien contractuel clair et sans considérer l’intérêt public. Les documents conservés à Tervuren sont considérés comme des archives publiques fédérales belges, relevant donc de la législation et de la gestion nationales.
Le MRAC propose une approche alternative : mener lui-même le processus de numérisation, potentiellement avec un financement de l’Union Européenne. Dans ce scénario, les copies numérisées seraient transmises progressivement à la RDC, qui en exercerait ensuite la pleine souveraineté d’usage. Cette proposition vise à concilier les revendications congolaises avec le cadre légal et institutionnel belge, tout en garantissant un accès contrôlé et progressif.
Ce dossier ravive inévitablement les tensions liées à l’héritage colonial belge. La RDC, comme d’autres anciennes colonies, cherche à reprendre le contrôle de ses ressources et des données qui s’y rapportent. La question du contrôle des données stratégiques sur les minerais critiques, dont la demande est en forte hausse, devient un enjeu géopolitique majeur. La numérisation de ces archives coloniales représente une opportunité pour la RDC de mieux comprendre et valoriser son sous-sol, mais soulève également la question de la propriété intellectuelle et du partage équitable des bénéfices issus de ces ressources.
Le bras de fer entre Kinshasa, Bruxelles et KoBold Metals met en lumière la complexité des relations post-coloniales et les enjeux économiques actuels. Trouver un accord satisfaisant pour toutes les parties impliquées sera un défi diplomatique et scientifique. La solution devra probablement passer par un compromis qui reconnaisse la souveraineté congolaise sur ses ressources, tout en respectant le cadre légal belge et en garantissant un accès transparent et sécurisé aux données. L’issue de cette négociation pourrait servir de précédent pour la gestion d’autres archives coloniales et de données stratégiques à travers le monde.
Willy Ulengu Samuanda