
La ville de Kinshasa, noyée. La pluie est tombée sans relâche. Et les chiffres, eux, tombent comme une litanie sinistre : 9.062 sinistrés rien que dans la capitale congolaise, dont une majorité de femmes. Le Kasaï-Oriental, lui, affiche 44.565 personnes touchées, record sinistre d’une saison qui n’en finit pas. Et au-delà des inondations, c’est tout un pays qui vacille, pris en tenaille entre catastrophes naturelles et guerre oubliée.
Dans un communiqué transmis lundi à l’Agence congolaise de presse, la ministre des Affaires sociales, Nathalie Aziza Munana, dresse un état des lieux glaçant : des milliers de Congolais déplacés, sinistrés, déracinés. Kinshasa pleure ses quartiers dévastés, ses routes éventrées, ses maisons emportées. À l’intérieur du pays, les provinces pleurent aussi. 2.085 sinistrés au Kongo-Central, 2.615 au Kasaï-Central, 901 au Sankuru, 1.763 au Tanganyika, 2.160 au Lualaba, 2.500 au Maniema, 1.690 à l’Équateur, 4.500 au Bas-Uele, 6.290 au Haut-Katanga. La géographie d’un pays devenu carte des urgences.
Mais ce n’est pas tout. Dans sa déclaration, la ministre n’élude pas l’autre drame : la guerre dite “d’agression rwandaise” à l’Est du pays, qui continue de jeter sur les routes des milliers de déplacés internes. Une crise humanitaire sans précédent, alerte-t-elle, aggravée par les catastrophes naturelles à répétition : pluies diluviennes, vents violents, incendies, naufrages. Et en filigrane, des conflits intercommunautaires qui continuent de nourrir les colonnes de l’oubli.
LUKEKA KALUME