Kabila à Goma ? « Qui a dit ça ? Nous-mêmes, on ne sait pas là où il est », (Ferdinand Kambere sur Top Congo)

L’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange, est de retour sur le sol national après une longue éclipse politique. Selon des indiscrétions de son entourage, il aurait atterri discrètement à Goma, vendredi 18 avril, dans une ville toujours sous l’emprise des rebelles du M23/AFC, appuyés par le Rwanda. L’homme de Kingakati, silencieux depuis des mois, s’offre ainsi une réapparition soigneusement chorégraphiée — et particulièrement polémique.

Officiellement, Joseph Kabila serait venu en « ambassadeur de la paix », selon ses proches. La feuille de route était, toujours selon eux, connue : après Goma, il devait se rendre à Luanda, Brazzaville, Bujumbura puis Kinshasa. Un marathon diplomatique supposé, qui tranche avec la gravité des accusations portées contre lui.

Car entre le discours lisse de ses collaborateurs et la réalité politique, un gouffre se creuse. La ville de Goma est toujours occupée par les forces terroristes du M23/AFC, auteurs de massacres à répétition. Que vient faire Kabila dans cet épicentre du chaos ? Selon ses fidèles, « il n’est pas venu adhérer au M23 », mais pour écouter, consulter, rassembler. Pour ses détracteurs, le décor est celui d’un pacte inavoué avec l’ennemi.

Le retour de Kabila a semé le trouble jusqu’au sein de son propre camp. Ferdinand Kambere, secrétaire permanent du PPRD, s’est empressé de démentir la présence de l’ancien président à Goma sur Top Congo FM, appelant à ne pas « confirmer des rumeurs ». Une tentative de rattrapage tardive, alors que plusieurs proches avaient déjà confirmé sa présence sur place, témoignages à l’appui. Difficile de nier quand les traces sont encore fraîches.

En coulisses, le clan Kabila orchestre déjà le récit de ce retour inattendu. Le professeur Barnabé Kikaya Bin Karubi, conseiller diplomatique de l’ancien chef de l’État, a donné le ton sur X (ex-Twitter) :

« Enfin, c’est le moment pour ce qu’il convient d’appeler désormais, « la méthode Kabila ». Toute sa vie, il est à la quête de la paix et la concorde entre filles et fils du Congo. La nation le rappelle, il répond présent. De Goma, il livrera un discours qui fera date. Qu’on se le dise ».

Pour justifier cette présence controversée, des kabilistes convoquent un épisode vieux de deux décennies : l’arrivée de feu Étienne Tshisekedi à Goma en 2002, en pleine occupation de la ville par les rebelles du RCD. Mais l’analogie fait sourire. À l’époque, le Sphinx était un opposant sans pouvoir, pas un ancien président accusé d’intelligence avec l’ennemi.

Le rattrapage médiatique des proches de Kabila coïncide avec un coup de tonnerre judiciaire : le ministre de la Justice, Constant Mutamba, a ordonné l’ouverture de poursuites pour haute trahison contre l’ancien chef de l’État. La décision est sans appel : saisie de ses biens, restriction de ses déplacements, et enquête sur ses connexions présumées avec le M23/AFC. Un communiqué officiel explosif publié samedi soir, quelques heures seulement après sa supposée installation à Goma.

La charge est d’une violence inédite. Pour les autorités, il s’agit de frapper fort, de couper court à toute tentative de retour en grâce d’un homme qu’elles estiment avoir franchi la ligne rouge. Le Président de la République Félix Tshisekedi, jusque-là mesuré, avait déjà laissé filtrer des allusions pesantes sur des « complicités internes » avec les forces pro-rwandaises. Cette fois, l’accusation est frontale.

Comme pour enfoncer le clou, le gouvernement a suspendu le PPRD, le parti que Kabila dirige toujours dans l’ombre, pour son « silence complice ». Une décision prise par le ministère de l’Intérieur, et appliquée sur toute l’étendue du territoire. De quoi enterrer politiquement une structure déjà affaiblie depuis la débâcle électorale de 2018.

Que cherche réellement Joseph Kabila ? Offrir sa médiation dans un conflit qu’il aurait, selon des opinions émergentes, lui-même nourri ? Ou défier frontalement un régime qu’il estime illégitime ? Dans ce brouillard politique, une chose est certaine : son retour n’a rien d’anodin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.