
Sous la poussière des rues de Kananga, le CRONGD ausculte la gouvernance locale et livre ses constats au public. Une enquête citoyenne qui dit tout haut ce que la ville vit tout bas.
Par une matinée paisible mais lourde d’enjeux, le mardi 20 mai 2025, la salle de la mairie de Kananga s’est transformée en agora citoyenne. Face aux autorités locales, aux médias et à une poignée d’habitants venus s’informer, le Conseil Régional des ONG de Développement (CRONGD) a dévoilé les résultats de son monitoring sur la gouvernance locale dans plusieurs Entités Territoriales Décentralisées (ETD), notamment à Kananga, Demba et Matamba.


L’enquête, menée dans le cadre du programme européen d’appui à la participation citoyenne, porté par le consortium INADES avec le soutien du 11e Fonds Européen de Développement, n’a pas mâché ses mots. Insalubrité chronique, fiscalité à effet boomerang et déperdition scolaire en hausse : la photographie prise par les enquêteurs civils est sans filtre.
« Par le passé, nous avions une société civile de protestation. Aujourd’hui, elle enquête, elle vérifie, elle propose », a lancé Albert Kiungu, secrétaire régional du CRONGD.
Il assume cette mue vers une veille citoyenne plus structurée, plus posée, mais tout aussi implacable. En ligne de mire : la redevabilité des autorités, la transparence budgétaire et l’urgence d’une gouvernance publique à hauteur d’homme.


Trois thématiques ont émergé à Kananga : la saleté qui colle aux murs et aux caniveaux, une taxe sur étalage dont l’utilité échappe aux contribuables, et la fuite des enfants hors des bancs d’école, que la présidente du cadre de concertation urbain, Irène Mbombo, relie à la pauvreté, à l’absence d’encadrement, mais aussi à un désintérêt grandissant du système éducatif pour ses propres élèves.
Dans un geste salué comme rare mais sincère, le maire adjoint de la ville a tendu la main.
« Ensemble, nous pouvons améliorer notre cadre de vie », a-t-il déclaré.
Il promet de prendre à bras-le-corps les recommandations issues de l’enquête.

Des séances de restitution similaires doivent suivre à Demba et à Matamba. L’initiative pourrait faire école, dans un pays où l’opacité reste la règle et où la démocratie locale, trop souvent, se noie dans les flaques d’eaux sales des promesses oubliées.
FREDDY MILLIONS MBWEBWE