
À Kinshasa comme à Lubumbashi, des foules invoquent le ciel pour soutenir le ministre de la Justice. Entre ferveur mystique et manœuvres politiques.
Ils lèvent les mains au ciel, chantent, pleurent parfois. Depuis quelques jours, les rues de Kinshasa, Lubumbashi et d’autres villes du pays résonnent des voix d’un bon nombre de fidèles. Leur but : une campagne nationale de prière en soutien au ministre de la Justice, Constant Mutamba. L’opération, portée par des églises et associations communautaires, se veut une réponse « spirituelle » à une justice fragilisée, une administration en mal de légitimité.
Dans un pays où Dieu est souvent plus écouté que l’État, cette mobilisation dit quelque chose du climat d’inquiétude ambiant. Et Mutamba, jeune ministre au verbe fort, incarne à la fois l’espoir d’une réforme et la cible de multiples critiques.
« Nous prions pour lui parce que son combat est juste », clame le pasteur Jean-Claude, micro à la main, dans une église pleine à craquer de fidèles en transe.
Les pancartes affichent des messages simples : « Justice pour tous », « Dieu protège nos institutions ». Le ministre, lui, garde le silence.
Mais derrière la foi, des voix s’élèvent. Certains observateurs grincent des dents face à cette effusion mystico-politique.
« On instrumentalise la religion pour défendre un homme plutôt que des principes », souffle une analyste politique kinois.
D’autres y voient une tentative de redorer l’image d’un pouvoir contesté, sans toucher aux racines du mal : l’impunité, l’opacité, le clientélisme.
DAN BANZA