
Lundi 9 février, le bidonville de Pakadjuma, situé dans la commune d’ penerapan, au cœur de Kinshasa, a été le théâtre d’une opération de démolition massive. Menée par le gouvernement provincial, en collaboration avec l’Office National des Transports (ONATRA), cette intervention vise à libérer des terrains occupés par des constructions jugées anarchiques, afin de permettre la relance du chemin de fer. Si la démarche s’inscrit dans un cadre légal de planification urbaine, elle soulève de vives inquiétudes quant à son impact humanitaire et à l’absence de mesures d’accompagnement pour les milliers de personnes déplacées.
Une opération d’envergure aux conséquences brutales
Sous le regard impuissant des habitants, des bulldozers et autres engins de chantier ont méthodiquement rasé habitations, boutiques et autres structures bâties sur les terrains appartenant à l’ONATRA. Les images sont saisissantes : des familles récupérant à la hâte leurs biens au milieu des décombres, cherchant un abri précaire pour échapper aux intempéries. Pour ces résidents, souvent issus de milieux défavorisés, cette démolition brutale signifie la perte de leur unique lieu de résidence et de leurs moyens de subsistance.
Le juste équilibre entre développement et droits fondamentaux
La justification officielle de cette opération repose sur la nécessité de récupérer des espaces stratégiques pour la relance d’une infrastructure vitale pour le pays : le chemin de fer. L’ONATRA, comme toute entité publique, a le droit de disposer de son patrimoine foncier. La lutte contre l’habitat anarchique est également un enjeu de sécurité publique et d’urbanisme pour une capitale en pleine expansion comme Kinshasa.
Cependant, cette action soulève des questions éthiques et sociales fondamentales. Le droit à un logement décent est un droit humain universellement reconnu. Lorsque des mesures d’expulsion sont prises, elles doivent impérativement s’accompagner de garanties pour les personnes affectées, conformément aux principes directeurs des Nations Unies relatifs aux déplacements de personnes à l’intérieur de leur propre pays. Ces principes stipulent que les autorités doivent prendre des mesures pour assurer que les personnes déplacées aient accès à :
- Un logement adéquat : Des solutions de relogement, temporaires ou permanentes, doivent être proposées.
- Un accès à l’eau potable et à l’assainissement : Indispensable pour maintenir des conditions de vie saines.
- Des moyens de subsistance : Aide à la recherche d’emploi ou soutien économique pour reconstruire une vie.
- L’éducation et les soins de santé : Assurer la continuité des services essentiels pour les familles.
Dans le cas de Pakadjuma, le texte initial mentionne que « ces habitants vivent sans avoir beaucoup de moyens » et qu’ils auront « du mal à se trouver un logement ». L’espoir exprimé que « le gouvernement provincial s’occupera de pouvoir donner un logement » souligne le manque de certitude et l’angoisse des populations face à l’avenir.
Vers une planification urbaine inclusive ?
La reconstruction du chemin de fer est un projet d’intérêt national qui peut générer des retombées économiques positives. Cependant, le coût humain de telles opérations ne peut être ignoré. Une approche plus humaine et durable impliquerait une concertation préalable avec les populations affectées, la mise en place de plans de relogement et d’indemnisation clairs et équitables avant toute démolition, ainsi qu’une planification urbaine qui intègre les besoins des populations les plus vulnérables.
L’objectif de relancer le chemin de fer ne devrait pas se faire au détriment de la dignité et des droits fondamentaux des citoyens. Il est crucial que les autorités provinciales démontrent leur engagement à soutenir les familles déplacées de Pakadjuma et à leur offrir des perspectives d’avenir viables.
Divine Atante