Kinshasa | Le paradoxe de l’insalubrité au pied même du ministère de l’Environnement fait questionner plus la population 

L’accumulation de déchets devant le siège du ministère de l’Environnement et du Développement durable suscite l’indignation au sein de la capitale congolaise. Au-delà de la nuisance visuelle, ce spectacle interroge la cohérence de la politique de transition écologique et l’exemplarité de l’État en matière de gestion des déchets urbains.

C’est une image qui détonne avec les engagements internationaux de la République démocratique du Congo, souvent présentée comme « pays-solution » face aux enjeux climatiques. À Kinshasa, le spectacle désolant d’un amoncellement d’ordures trônant devant les grilles du ministère chargé de la protection de l’environnement offre un contraste saisissant. Pour les passants et les observateurs, ce tas d’immondices devient le symbole d’une gouvernance environnementale qui peine à s’incarner au-delà des enceintes climatisées.

En communication institutionnelle, l’image est un message. La présence de ces déchets devant un lieu de décision stratégique envoie un signal délétère tant à la population qu’aux partenaires techniques et financiers. Alors que le gouvernement multiplie les campagnes de sensibilisation sur la gestion responsable des rebuts ménagers et industriels, la défaillance des services de salubrité à la porte même du régulateur fragilise la crédibilité du discours public. L’exemplarité, socle de toute politique environnementale, semble ici faire défaut.

Ce constat soulève une question de fond : la déconnexion entre la diplomatie environnementale, très active dans les forums internationaux, et la gestion quotidienne de l’assainissement urbain. Si la protection de la biodiversité et des forêts demeure une priorité stratégique, la salubrité publique reste le premier indicateur de réussite pour le citoyen congolais. Pour les experts, la transition vers une « économie verte » ne pourra faire l’économie d’une réforme structurelle de la collecte des déchets, commençant par l’assainissement rigoureux des périmètres administratifs.

La persistance de ce foyer d’insalubrité souligne l’urgence d’une coordination accrue entre les services urbains de la ville de Kinshasa et les instances ministérielles. Au-delà du simple nettoyage, c’est toute la chaîne de valeur de la gestion des déchets qui est interrogée. Pour que la protection de l’environnement ne soit plus perçue comme un concept abstrait débattu en conférence, elle doit impérativement se traduire par une transformation visible de l’espace public, à commencer par les symboles de l’autorité de l’État.

 

Willy Ulengu Samuanda

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