Lac Édouard | Une dizaine de pêcheurs détenus par l’ICCN, la société civile exige un dialogue urgent

À Kasindi-Port, la tension est vive sur les rives du lac Édouard. Une dizaine de pêcheurs sont actuellement détenus à la sous-station de Chaandiro par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), leurs pirogues et matériels de pêche saisis. Cet énième incident ravive une fracture profonde entre les services de protection du Parc national des Virunga et les communautés riveraines pour qui le lac reste l’unique source de survie. « Cette détention arbitraire aggrave la méfiance et dégrade un climat social déjà fragile », alerte un représentant de la société civile locale.

Ce dossier n’est pas un fait isolé, mais le symptôme d’une stratégie de conservation qui peine à inclure les populations. Il y a quelques mois, une quarantaine d’autres pêcheurs avaient subi des interpellations similaires, accusés d’exercer dans des zones protégées. Si nombre d’entre eux ont recouvré la liberté après le paiement d’amendes, une part importante de leur matériel confisqué n’a jamais été restituée.

« Une amende n’est pas une pédagogie, c’est une pression financière sur des familles dont le revenu quotidien dépend uniquement de la pêche », déplore un observateur associatif de la zone.

  •  Le cœur du conflit : L’ICCN invoque la protection nécessaire des frayères (zones de reproduction) pour garantir la pérennité de la ressource halieutique.
  • La réalité sociale : Pour les pêcheurs, ces zones de restriction sont parfois mal balisées ou perçues comme une dépossession de leur espace de travail traditionnel.
  • Le nœud de la discorde : L’absence de médiation et la saisie prolongée des équipements, souvent assimilée à une forme de sanction disproportionnée.

« On ne peut pas préserver la biodiversité en affamant ceux qui la côtoient au quotidien », souligne un expert en développement rural, rappelant que la conservation réussie repose sur l’adhésion des communautés locales.

Face à cette impasse, la société civile de Kasindi-Port refuse le fatalisme et exige une table ronde immédiate. Leurs revendications sont précises : la libération des pêcheurs, la restitution des équipements saisis et l’ouverture d’un cadre de concertation pérenne. L’objectif est de dépasser la logique purement répressive pour instaurer une réglementation de la pêche co-construite avec les riverains.

La protection des écosystèmes ne peut plus être menée comme une opération de police, mais comme une gestion partagée des ressources.

« Si l’ICCN et les pêcheurs ne trouvent pas un langage commun pour gérer les zones de frayères, c’est tout l’écosystème du lac qui risque de s’effondrer sous le poids des tensions sociales », prévient un acteur local impliqué dans le dialogue.

Freddy Millions Mbwebwe

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