Les maladies d’origine hydrique à travers le monde et en RDC : diagnostic et réflexions palliatives [Tribune de Aristote BUYA ET Bobo B. KABUNGU]

Depuis plusieurs années, chaque 22 mars, les Nations-Unies accordent un point d’honneur à l’eau en tant que ressource indispensable à la vie et à l’humanité. Pour cette année 2024, la journée mondiale de l’eau a pour thème « l’eau pour la paix ». Plusieurs institutions internationales et nationales, en Afrique comme dans le reste du monde, ont organisé des conférences et publié des réflexions sur le sujet.

La présente tribune porte la voix du Centre de recherche en sciences humaines (CRESH), à travers la plume de deux de ses chargés de recherche, en l’occurrence Bobo B. KABUNGU et Aristote BUYA, respectivement Directeur scientifique dudit centre et Chercheur sénior au sein du Département ayant la santé dans son créneau. Sachant que les questions liées à la paix comme facteur de pacification seront abordées par d’autres collègues, les deux auteurs ont préféré orienter leurs propos vers des réflexions palliatives aux maladies d’origine hydrique à travers le monde et en RDC.

Figure 1. Les co-auteurs de la tribune

Aristote BUYA, PhD, Pharmacien
Bobo B. KABUNGU, PhD, Economiste

1. Aperçu de la situation mondiale

L’eau est importante pour la vie humaine et la santé publique. Cependant, une grande partie de la population mondiale n’a pas accès à une eau potable adéquate et sûre. Actuellement, la pénurie d’eau constitue un défi mondial qui touche plus de 40 % de la population mondiale (Lee et al., 2023). En outre, on estime qu’environ 3 milliards de personnes n’auront pas accès à l’eau douce d’ici 2025 et vivront dans un environnement soumis à un stress hydrique (Warn WHO, UNICEF, 2021). En conséquence, les maladies et les décès liés à l’eau continuent de représenter un fardeau mondial dans les pays développés comme dans les pays en développement.

Bien que la plupart des cas soient signalés dans les pays moins développés, les pays développés connaissent également des épidémies de maladies d’origine hydrique. Ces dernières sont causées par la consommation d’eau contaminée par des excréments humains ou animaux contenant des micro-organismes pathogènes. À l’échelle mondiale, les maladies diarrhéiques d’origine hydrique sont la principale cause de mortalité et de morbidité, tuant 1,8 million de personnes et provoquant environ 4 milliards de cas d’hospitalisation par an (Rajindrajith et al., 2023). Un assainissement insuffisant, une eau de mauvaise qualité et le manque des pratiques d’hygiène sont les principaux facteurs responsables de l’apparition des maladies d’origine hydrique. L’OMS estime que 6,3 % de tous les décès sont dus à un accès limité à l’eau potable, au manque des installations sanitaires et des pratiques d’hygiène (OMS, 2023).

2. La qualité de l’eau en Afrique et en RDC

En Afrique, on estime que seulement 22 % de la population a accès à l’eau potable et aux installations sanitaires adéquates. Près de 28 % de la population d’Afrique subsaharienne défèque à l’air libre ou utilise des installations sanitaires inadéquates, qui ne garantissent pas une séparation hygiénique des excréments humains du contact humain (du Plessis, 2023; Papa et al., 2023). Même lorsque de l’eau potable et des toilettes à chasse d’eau sont disponibles, le manque de sensibilisation à l’hygiène continue de conduire à des épidémies de maladies liées à l’eau. La question de l’eau en Afrique reste une préoccupation majeure pour les gouvernements et les responsables de la santé publique.

La République Démocratique du Congo (RDC) possède plus de 50% des réserves d’eau du continent africain mais, malgré ce potentiel fabuleux, 33 millions de personnes en milieu rural n’ont pas accès à de l’eau de qualité (UNICEF, 2023a). Bien que l’eau soit disponible en grande quantité à travers tout le pays, les congolaises et les congolais rencontrent des difficultés d’accès à l’eau potable. Seulement 52 % de la population a accès à un point d’eau amélioré et 29 % à des installations sanitaires améliorées (UNICEF, 2023b). En dehors des villes, seulement un foyer congolais sur trois dispose d’un accès facile à l’eau potable, et moins d’un sur quatre à un système d’assainissement approprié (Oduoye et al., 2023).

Dans le contexte congolais, les maladies d’origine hydrique figurent parmi les principaux problèmes de santé publique. Ce phénomène est principalement lié à un mauvais assainissement de l’environnement, à de mauvaises pratiques d’hygiène ainsi qu’à un approvisionnement insuffisant en eau potable et propre. La plupart des populations rurales s’approvisionnent en eau à partir de sources non protégées, d’eaux souterraines, de ruisseaux, de puits de source, d’étangs et de lacs, quel que soit leur état, sans aucune forme de traitement.

Ces eaux naturelles contiennent une myriade d’espèces microbiennes, dont beaucoup n’ont pas été cultivées, et encore moins identifiées. Ces pathogènes, souvent d’origine fécale, peuvent provenir de sources ponctuelles telles que les stations d’épuration municipales et le drainage des zones où le bétail est manipulé, ou de sources diffuses telles que la défécation des animaux domestiques et sauvages. Le nombre d’organismes présents varie considérablement d’un type d’eau à l’autre, et il est généralement admis que les eaux de surface polluées par des eaux usées contiennent un plus grand nombre de bactéries. La contamination fécale de l’eau est reconnue dans le monde entier comme l’une des principales causes des maladies d’origine hydrique.
L’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène en RDC est en retard par rapport à la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Le fleuve Congo, les rivières et autres cours d’eau sont devenus les principaux sites de déversement de déchets pour les populations riveraines. Ces pratiques constituent une menace pour la qualité de l’eau et l’écosystème. Le nombre d’épidémies rapportées à travers le pays montre que la transmission de pathogènes par l’eau de boisson reste une cause majeure de maladie. Par exemple, au cours de l’année 2021, le ministère de la Santé a rapporté un total de 12 103 cas suspects de choléra et 209 décès, ce qui représente un taux de létalité de 1,7 %. Ces cas ont été signalés dans 16 provinces et 91 zones de santé (PNECHOL, 2021).

Figure 2. Des enfants devant une source d’eau aménagée

Figure 1. Des enfants devant une source d’eau aménagée
© Catherine Rebuffel

Les agents responsables des maladies transmises par l’eau appartiennent à plusieurs classes d’organismes. Cependant, la plupart de ces cas ne sont pas documentés, car la majorité des personnes touchées se soignent elles-mêmes plutôt que de consulter un professionnel de la santé. Les maladies d’origine hydrique les plus courantes sont le choléra, la dracunculose, l’hépatite et la typhoïde. La diarrhée d’origine hydrique reste l’une des principales causes de mortalité et de morbidité chez les enfants, représentant environ 90 % des décès chez les moins de cinq ans (MSF, 2022).

3. Défis à relever

L’eau est un droit pour chaque citoyen, où qu’il soit et quel que soit son niveau de vie. L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est essentiel pour la prévention des maladies d’origine hydrique en RDC. Une bonne gestion des ressources et un contrôle de la qualité de l’eau sont nécessaires pour protéger la santé publique.

Etant liées à la qualité de l’eau, les maladies d’origine hydrique peuvent être évitées si elles sont traitées comme un problème de santé environnementale. L’assainissement des milieux de vie est également indispensable. Il faudrait absolument évacuer les déchets dans des endroits appropriés, nettoyer les égouts et veiller à sensibiliser l’ensemble des membres de la communauté. Comment peut-on croire que dans un environnement non assaini il est possible de trouver de l’eau potable ?

L’eau potable est un droit pour chaque personne mais il est aussi de notre devoir à tous et à toutes de s’engager en sa faveur. Les ressources hydrologiques abondantes de la RDC sont un atout majeur pour le développement du pays. Les défis à relever dans le secteur de l’eau sont importants mais ne sont pas insurmontables. Ceux-ci pourront être dépassés par le déploiement d’investissements ciblés et la réforme de la gouvernance du secteur. L’avenir de l’humanité et la paix dans le monde en dépendent grandement.

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