Luanda | La tripartite Tshisekedi-Lourenço-Kagame n’aura plus lieu !

La rencontre tant attendue entre Félix Tshisekedi (RDC), Paul Kagame (Rwanda) et João Lourenço (Angola) à Luanda a tourné court. Annoncée comme une étape capitale pour apaiser les tensions dans l’Est de la RDC, cette tripartite n’a finalement jamais vu le jour, le Rwanda ayant décidé de ne pas y participer. En lieu et place, c’est un échange bilatéral entre le président congolais et son homologue angolais qui s’est tenu, laissant un goût amer à cette tentative de médiation.

La veille du sommet, les ministres des Affaires étrangères des trois pays se sont réunis à Luanda pour préparer le terrain. Mais les discussions ont rapidement révélé des désaccords profonds. Le Rwanda a posé une condition jugée inacceptable par Kinshasa : engager un dialogue direct avec le M23, groupe rebelle soutenu par Kigali, selon de nombreux rapports internationaux. Pour la RDC, cette demande est hors de question. Considérant le M23 comme un groupe terroriste, Kinshasa refuse de lui accorder une quelconque légitimité, encore moins de s’asseoir à la même table.

Ce désaccord a été le point de rupture. Ce dimanche matin, alors que Félix Tshisekedi arrivait à Luanda avec l’ambition d’arracher un accord, Kigali annonçait son absence, transformant la rencontre tripartite en un simple tête-à-tête entre Tshisekedi et Lourenço.

Cette annulation est un coup dur pour le processus de médiation mené par João Lourenço, désigné facilitateur dans cette crise régionale. Depuis plusieurs mois, l’Est de la RDC est le théâtre de violences accrues, alimentées par la présence de troupes rwandaises documentée par des rapports onusiens. L’espoir d’une désescalade reposait en partie sur ce sommet tripartite.

Selon des observateurs, l’échec de la rencontre montre à quel point les positions des parties restent irréconciliables. Le Rwanda, accusé d’ingérence en RDC, continue de conditionner tout apaisement à des demandes perçues comme provocatrices par Kinshasa. De son côté, la RDC insiste sur un retrait total des troupes rwandaises de son territoire avant toute négociation, un préalable qui semble inacceptable pour Kigali.

João Lourenço, hôte de cette rencontre avortée, voit son rôle de médiateur fragilisé. Déjà, la réunion préparatoire de samedi avait été chaotique : retard de six heures, arrivée tardive de la délégation rwandaise, et une audience symbolique annulée faute de consensus. Ce sommet manqué renforce les interrogations sur la capacité de l’Angola à rétablir la confiance entre les deux voisins.

Pour la RDC, l’échec de cette médiation ne fait qu’accentuer son isolement dans la gestion de la crise. Félix Tshisekedi, après des mois de plaidoyer international pour dénoncer les exactions rwandaises, se retrouve face à une impasse diplomatique, malgré le soutien moral affiché par Lourenço.

PLACIDE LUKEKA 

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