Menace sur le ciel de Kisangani | L’aéroport de Bangboka visé par une double attaque de drones

L’interception dominicale de deux engins télécommandés au-dessus du principal tarmac de la Tshopo projette le conflit congolais dans une nouvelle dimension. Si la riposte militaire a évité le pire, l’annulation des vols vers Kinshasa illustre la fragilité du transport aérien face à la guerre asymétrique.

La guerre technologique qui endeuille le Nord-Kivu vient de franchir une frontière invisible pour frapper aux portes du Grand Nord. Ce dimanche 24 mai 2026, aux alentours de 18 heures, le ciel de l’Aéroport international de Bangboka, à Kisangani, est devenu le théâtre d’une confrontation inédite. Deux drones d’attaque ont ciblé l’infrastructure avant d’être interceptés et neutralisés en plein vol par les forces de sécurité. Bien que l’efficacité de la riposte antiaérienne ait permis de limiter les dégâts à des impacts matériels mineurs sur le périmètre de sécurité, l’incident a brutalement figé l’activité de la plateforme.

« L’interception a été nette, mais l’audace de l’opération prouve que les sanctuaires aéroportuaires de l’arrière-pays ne sont plus à l’abri d’une agression à longue portée », confie sous anonymat une source sécuritaire basée dans la Tshopo.

L’incursion aérienne est survenue à une heure de grande affluence, alors que des dizaines de passagers s’apprêtaient à embarquer à bord d’un appareil de la Compagnie Africaine d’Aviation (CAA) à destination de Kinshasa. L’interruption brutale des opérations et les détonations liées à la destruction des engins ont provoqué une vive inquiétude parmi les voyageurs et le personnel au sol, confinés en urgence par les services aéroportuaires. Par mesure de stricte précaution, le vol vers la capitale a été annulé, laissant les passagers dans l’attente d’un rééquilibrage des conditions de sécurité.

« Nous avons vu les procédures d’urgence s’activer en quelques minutes ; la priorité des autorités était d’exclure tout risque de second vecteur avant d’autoriser le moindre mouvement sur le tarmac », témoigne un passager qui devait regagner Kinshasa.

À l’heure où les services de renseignement militaire poursuivent leurs investigations sur le site, le silence des sources officielles alimente toutes les spéculations sur la signature de cette attaque. Aucune revendication n’a encore été enregistrée, et l’origine technique des drones reste soumise à expertise. Ce flou entretenu inquiète les opérateurs économiques de la région, pour qui l’axe aérien Kisangani-Kinshasa constitue le cordon ombilical d’une province cruellement enclavée par la route.

« Frapper Bangboka, c’est chercher à asphyxier la fluidité économique de la Tshopo et à installer un climat d’incertitude dans une zone jusqu’ici considérée comme un havre de paix relative », s’alarme un représentant de la Fédération des entreprises du Congo (FEC).

Cette tentative de sabotage aéroportuaire fait écho aux événements dramatiques de février 2024, lorsque l’aéroport international de Goma avait été touché par un tir de drone attribué par Kinshasa aux forces rwandaises, endommageant un avion civil et des installations militaires. Quelques mois plus tard, la multiplication des survols suspects autour des infrastructures stratégiques du Maniema avait poussé la Régie des voies aériennes (RVA) à exiger un renforcement des systèmes de brouillage électronique. L’incident de Bangboka démontre que la contagion de cette guerre asymétrique ne connaît plus de limites géographiques à l’intérieur des frontières nationales.

Pour la sécurité de l’aviation civile en RDC s’annoncent complexes au vu de la sophistication croissante des menaces. Le gouvernement congolais se retrouve face à l’obligation d’accélérer le déploiement de boucliers technologiques anti-drones sur l’ensemble de ses vingt-cinq aéroports principaux.

Si la RVA parvient à rassurer les compagnies aériennes nationales et internationales par des mesures de protection renforcées, le trafic vers Kisangani pourrait reprendre dès le milieu de la semaine. Dans le cas contraire, le coût des assurances aéronautiques risque d’exploser, pénalisant une fois de plus le portefeuille des citoyens congolais. À Sasa Studio, nous refusons de céder au catastrophisme ; notre plume restera mobilisée pour scruter les conclusions de l’enquête, car la sécurité de nos cieux est le premier gage de notre souveraineté.

Willy Ulengu Samuanda

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