RDC | Au Sénat, le ministre de l’Agriculture Muhindo Nzangi fait face au paradoxe de la faim congolaise

Attendu ce début de semaine devant la chambre haute à l’initiative du sénateur Willy Itsundala, le ministre d’État chargé de l’Agriculture devra défendre un bilan provisoire encore timide. Entre la théorie de la « revanche du sol » et la dure réalité des marchés, le grand oral s’annonce électrique.

Dans les couloirs du Palais du peuple, l’odeur de la poudre politique se mêle à l’urgence sociale. Ce début de semaine, la 13ᵉ séance plénière de la session ordinaire de mars 2026 s’ouvre sur un exercice de redevabilité démocratique de haute volée. Le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, est attendu de pied ferme par les élus des provinces pour répondre à une question orale avec débat. Portée par le sénateur Willy Itsundala, cette démarche parlementaire n’a rien d’une simple formalité administrative : elle se veut le procès verbal des promesses non tenues d’un secteur censé nourrir 100 millions de bouches mais qui dépend toujours cruellement des importations.

« Le peuple ne mange pas les discours sur le potentiel agricole ; il veut voir des sacs de maïs à bas prix dans les marchés de Kinshasa et de l’arrière-pays », lâche une source proche du bureau du Sénat

L’initiateur de cette interpellation, le sénateur Willy Itsundala, connaît parfaitement la géographie de la misère rurale. Ancien chef de l’exécutif de la province du Kwilu l’un des greniers historiques de la capitale aujourd’hui asphyxié par le délabrement des routes de desserte agricole, l’élu exige des comptes précis. Son questionnaire cible les points névralgiques de la gestion de Muhindo Nzangi : l’opacité dans la distribution des intrants chimiques, l’absence de mécanisation réelle et le faible taux d’exécution des investissements publics.

« Nos paysans continuent de cultiver avec la houe comme au siècle dernier, pendant que les budgets alloués aux semences améliorées s’évaporent dans les méandres de la bureaucratie centrale », s’indigne un collaborateur du sénateur Itsundala.

Face à ces accusations, le ministre d’État devra faire valoir ses arguments et présenter les prémices de sa stratégie de contingence. Arrivé à la tête de ce méga-ministère avec la réputation d’un réformateur rigoureux, Muhindo Nzangi tente de restructurer les projets pilotes et de séduire les investisseurs internationaux. Mais le temps presse et le secteur minier continue de cannibaliser l’économie nationale, laissant les initiatives agricoles privées de financements bancaires adéquats.

« Faire de l’agriculture le principal levier de la diversification économique exige une refonte totale de notre gouvernance financière, et non de simples ajustements techniques », rappelle un économiste de la Banque centrale du Congo.

Le spectre du fiasco de Bukanga Lonzo

Ce grand oral réveille inévitablement les vieux démons de la politique agricole en RDC. Les sénateurs, en endossant leur rôle de contrôleurs des actions du gouvernement, gardent en mémoire le traumatisme de Bukanga Lonzo. Lancé en 2014 à grands coups de millions de dollars sous le régime de Joseph Kabila, ce parc agro-industriel ambitionné comme le sauveur de la sécurité alimentaire nationale s’est transformé en un immense cimetière de tracteurs et en un scandale financier retentissant. En 2024 encore, les débats sur la relance avortée de ce site avaient mis en lumière l’incapacité de l’État à sécuriser les investissements agricoles contre le virus de la corruption, une jurisprudence que les élus comptent bien opposer au ministre Nzangi ce début de semaine.

Les perspectives d’avenir pour le monde rural congolais dépendront de la capacité de la chambre haute à transformer ce débat en mesures contraignantes. Si Muhindo Nzangi parvient à convaincre les sénateurs de la viabilité de son plan de campagne pour la saison B de 2026, le Parlement pourrait débloquer des lignes de crédit exceptionnelles pour les provinces.

Dans le cas contraire, cette plénière marquera le début d’une rupture politique au sein de la majorité de l’Union sacrée. À Sasa Studio, nous installerons nos calepins dans les tribunes du Palais du peuple ; car la souveraineté d’un peuple commence par ce qu’il met dans son assiette, et non par ce qu’il vote dans l’hémicycle.

 

Willy Ulengu Samuanda

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