
À Mont-Ngafula, l’un des épicentres de l’érosion urbaine à Kinshasa, les travaux de lutte antiérosive engagés sur le site de Cogelos enregistrent des avancées jugées significatives. Lancé officiellement le 22 décembre 2025, ce projet financé par le Trésor public congolais à hauteur de 5 306 996,10 dollars américains vise à protéger des centaines de ménages menacés par la progression des ravins et à sécuriser durablement plusieurs infrastructures de ce secteur situé derrière le Plateau des Professeurs.
« Nous sommes ici pour sauver les habitations et protéger la population », a déclaré l’ingénieur Junenal, superviseur des travaux, lors d’un entretien accordé ce vendredi 19 juin 2026 à Sasa Studio.
Selon lui, malgré les contraintes liées aux intempéries, les travaux évoluent conformément au calendrier établi.
Depuis plusieurs années, les habitants de Cogelos vivent sous la menace permanente des érosions. À chaque saison des pluies, les eaux de ruissellement creusent davantage les ravins, fragilisent les fondations des maisons et provoquent parfois des effondrements. Face à cette situation, les communautés locales avaient multiplié les appels auprès des autorités nationales afin d’obtenir une intervention urgente de l’État.
« La population était dans la détresse. Les maisons disparaissaient progressivement sous l’effet des érosions », a rappelé l’ingénieur Junenal.
Selon lui, la réponse gouvernementale s’inscrit dans une série d’interventions déjà engagées dans plusieurs zones sensibles de Kinshasa, notamment aux abords de l’Université de Kinshasa, au rond-point Chevron ainsi que dans d’autres secteurs touchés par le ravinement.
Sur le terrain, les équipes techniques de l’Office des Voiries et Drainage (OVD) et de l’entreprise Colosse Construction Corp (CCC) exécutent un ensemble d’ouvrages destinés à maîtriser les eaux pluviales et à stabiliser les sols. Les travaux comprennent l’ouverture de voies d’accès, le rechargement des chaussées, la construction de caniveaux et de grands collecteurs en béton armé, l’édification de murs de parafouille ainsi que la réalisation d’ouvrages de dissipation destinés à réduire la force destructrice des eaux.
« Nous construisons des collecteurs pour canaliser les eaux qui menaçaient les habitations. Nous érigeons également des murs de protection afin de préserver les maisons encore exposées », a expliqué le superviseur du projet.
Les travaux concernent principalement la route Mamengi et plusieurs zones voisines, dont certains secteurs situés vers l’hôpital de la Fondation Kilenge. Des opérations de stabilisation des sols y sont déjà en cours afin d’empêcher la progression des têtes d’érosion qui fragilisent le tissu urbain de cette partie de Mont-Ngafula.

Selon les données techniques du contrat n° OVD/DG/CGPMP/007/TX/2025, le ministère des Infrastructures et Travaux publics (MITP) assure la maîtrise d’ouvrage du projet. L’OVD intervient comme maître d’œuvre et organe de surveillance, tandis que le Bureau Technique de Contrôle (BTC) est chargé de vérifier la conformité et la qualité des ouvrages réalisés. L’exécution des travaux est confiée à Colosse Construction Corp SARL.
Le délai contractuel est fixé à vingt-quatre mois, auxquels s’ajoutent trente jours de mobilisation logistique. Les responsables du chantier indiquent toutefois que la durée effective pourrait être réduite si les conditions climatiques restent favorables.
Interrogé sur les inquiétudes souvent exprimées par la population concernant l’arrêt prématuré de certains projets publics, l’ingénieur Junenal a tenu à rassurer.
« Si les financements n’étaient pas disponibles, vous ne nous verriez pas sur le terrain. L’État a engagé les ressources nécessaires et nous accompagnerons ce projet jusqu’à son terme », a-t-il affirmé.
Au-delà des ouvrages actuellement en construction, les autorités envisagent que d’autres infrastructures routières puissent être développées après la stabilisation définitive du site. L’objectif immédiat demeure toutefois la sécurisation des habitations et la protection des populations exposées aux risques d’effondrement.
Ce chantier s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les érosions à Kinshasa, où plusieurs communes périphériques font face à une dégradation accélérée des sols sous l’effet de l’urbanisation anarchique, de l’absence d’assainissement adéquat et de l’intensification des épisodes pluvieux.
Lors de précédentes interventions à l’Université de Kinshasa, sur l’axe Chevron, Tshiadi, plateau des professeurs de l’université de Kinshasa ou encore dans d’autres zones vulnérables de la capitale, les autorités avaient déjà misé sur des ouvrages similaires de drainage, de canalisation et de stabilisation des sols pour freiner l’avancée des ravins. Les résultats observés sur certains de ces sites servent aujourd’hui de référence pour les travaux entrepris à Cogelos.

À terme, la réussite de ce projet pourrait constituer un modèle de résilience urbaine pour d’autres quartiers de Kinshasa confrontés aux mêmes menaces. Pour les habitants de Cogelos, l’enjeu dépasse désormais le simple chantier : il s’agit de préserver des maisons, des routes et surtout la sécurité de milliers de familles dont l’avenir dépend de la maîtrise durable des eaux de ruissellement.
Willy Ulengu Samuanda
