
Londres, 4 novembre 2026 – Devant la diaspora congolaise réunie dans le cadre du UK-DRC Forum, le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a livré l’un de ses discours les plus offensifs depuis le début de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Face à un auditoire attentif, le membre du gouvernement a affirmé avec assurance que les groupes armés soutenus par Kigali n’atteindront jamais la capitale congolaise.
« Ils n’arriveront pas à Kinshasa »
Dans une déclaration particulièrement remarquée, Patrick Muyaya a voulu rassurer les Congolais, tout en affichant la détermination du pouvoir en place à mettre un terme définitif au conflit.
« J’ai envie de vous rassurer qu’ils n’arriveront pas à Kinshasa parce que ce conflit, nous l’avons toujours vécu comme une forme d’humiliation, étant donné que c’est inacceptable que cette situation perdure. Avec le président Tshisekedi, nous avons monté une stratégie qui nous permet aujourd’hui d’atteindre le point final de ce conflit. Si vous avez vu la sortie du président honoraire, en réalité, il sort comme un joker. Quand on sort le joker, c’est qu’on est arrivé à bout. »
À travers cette déclaration, le gouvernement entend démontrer sa confiance dans la stratégie politique, diplomatique et militaire mise en place sous la conduite du président Félix Tshisekedi.
Kinshasa maintient sa thèse : « une agression rwandaise »
Au cours de son intervention, Patrick Muyaya a rejeté l’idée d’une simple rébellion congolaise. Pour lui, le conflit qui secoue l’Est du pays depuis novembre 2021 relève avant tout d’une agression extérieure.
« Il n’y a pas de rébellion en RDC, c’est bel et bien une agression rwandaise. »
Selon le porte-parole du gouvernement, Kigali aurait progressivement cherché à donner une apparence congolaise à cette guerre au fil des années afin d’en modifier la perception sur la scène internationale.
D’après son analyse, le Rwanda aurait d’abord mis en avant des figures politiques congolaises avant de miser aujourd’hui sur l’ancien président Joseph Kabila.
« Le président rwandais, lorsqu’il commence ce conflit en novembre 2021, il n’y a aucun Congolais qui n’apparaît parce que plus nous montions dans notre stratégie, plus il voulait avoir les apparents. »
Joseph Kabila présenté comme le « joker » de Kigali
La sortie médiatique de Joseph Kabila et son engagement au sein du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) occupent désormais une place centrale dans le discours gouvernemental.
Pour Patrick Muyaya, l’ancien chef de l’État constitue la dernière carte jouée par les adversaires de Kinshasa pour tenter de « congoliser » un mouvement que les autorités continuent d’associer au Rwanda.
Le ministre estime que l’apparition de Joseph Kabila sur la scène politico-militaire traduit un affaiblissement de la stratégie adverse plutôt qu’un renforcement.
D’où l’image du « joker » utilisée devant la communauté congolaise de Londres pour illustrer ce qu’il considère comme une ultime tentative de légitimation politique.
« Nous ne sommes plus en 1997 »
Autre message fort adressé à la diaspora : la comparaison avec les événements qui avaient conduit à la chute du régime Mobutu.
Patrick Muyaya affirme que le contexte actuel est totalement différent et que les institutions de l’État disposent aujourd’hui des moyens nécessaires pour défendre la souveraineté nationale.
« Nous ne sommes plus en 1997. »
Une manière de rejeter tout scénario pouvant conduire à une avancée militaire vers Kinshasa comparable à celle qui avait permis à l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) de prendre le pouvoir il y a près de trois décennies.
Le FRN au centre des tensions
Les déclarations du porte-parole interviennent quelques semaines après la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), annoncée le 12 octobre 2026 à Goma.
Le mouvement est présidé par Joseph Kabila Kabange et compte notamment parmi ses principaux responsables Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa.
Pour les autorités congolaises, cette nouvelle structure s’inscrit dans la continuité de l’AFC/M23 et bénéficie d’un soutien rwandais. Une lecture fermement contestée par les acteurs concernés.
Julien Paluku en renfort
Présent à Londres aux côtés de Patrick Muyaya, le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku a également tenu des propos particulièrement critiques vis-à-vis de l’ancien régime.
« La véritable armée qu’il a laissée, c’est l’armée des infiltrés. »
Une déclaration qui traduit la volonté du gouvernement d’associer les difficultés sécuritaires actuelles à des réseaux d’influence hérités du passé.
Les combats se poursuivent sur le terrain
Pendant que les responsables politiques échangeaient à Londres, plusieurs zones de l’Est du pays restaient le théâtre d’affrontements.
Des combats ont notamment été signalés dans les territoires de Walungu, Walikale et Masisi, opposant les FARDC et leurs alliés Wazalendo aux combattants du FRN selon diverses sources locales.
Cette réalité militaire rappelle que, malgré les batailles politiques et médiatiques, la situation sécuritaire demeure particulièrement tendue dans plusieurs provinces orientales.
Un message de fermeté envoyé depuis Londres
Au-delà de la controverse politique, l’intervention de Patrick Muyaya visait surtout à transmettre un message clair à la diaspora et à l’opinion nationale : le gouvernement affirme disposer d’une stratégie pour empêcher toute progression vers Kinshasa et préserver l’intégrité territoriale du pays.
Si les déclarations politiques ne constituent pas en elles-mêmes une garantie militaire, elles témoignent de la volonté du pouvoir de montrer qu’il ne cédera ni sur la souveraineté nationale ni sur la défense des institutions issues des urnes.
À Londres, Patrick Muyaya a choisi un ton offensif : pour Kinshasa, Joseph Kabila représente désormais le « joker » d’une stratégie adverse jugée à bout de souffle, tandis que le gouvernement affiche sa détermination à empêcher toute menace contre la capitale congolaise.
Anastasie Mimbolo