
Le marché du carbone en République démocratique du Congo (RDC) franchit une étape charnière : celle de la matérialisation des bénéfices pour les administrations locales. Le samedi 9 mai, à Kinshasa, le projet REDD+ Maï-Ndombe a officiellement remis des véhicules de type Land Cruiser aux autorités des secteurs de Bassingiele, Bolia et Nongo. Ce geste, loin d’être symbolique, marque l’application concrète de la redistribution des revenus issus de la protection des forêts.
Cette dotation s’inscrit dans le cadre de l’arrêté interministériel de septembre 2023, un texte qui fait désormais office de boussole pour le partage des dividendes environnementaux. Selon les termes de cet accord, une fois les charges administratives déduites, 25 % du montant brut des ventes de crédits carbone sont alloués aux communautés locales. Sur la part revenant à l’État, 10 % sont spécifiquement fléchés vers les Entités Territoriales Décentralisées (ETD) pour soutenir leurs projets de développement.
Pour le Professeur Jean-Robert Bwangoy, administrateur gérant d’ERA-Congo (filiale de Wildlife Works), cette livraison de matériel roulant concrétise un engagement de longue date. Bien que la remise ait eu lieu dans la capitale pour des raisons logistiques, les véhicules seront acheminés vers Inongo sous la supervision conjointe de l’opérateur et du ministère de l’Environnement.
Le manque de mobilité est souvent le talon d’Achille de l’administration forestière en RDC. Pour Guy Ipanga, coordonnateur de la CN-REDD+, ces jeeps répondent à un besoin opérationnel immédiat : permettre aux autorités de superviser les projets de conservation et de lutter contre la déforestation sur le terrain. « Il fallait que ces secteurs aient des moyens de mobilité pour assumer leurs fonctions », a-t-il précisé lors de la signature du procès-verbal de réception.

Le processus, bien que ralenti par les méandres de la passation des marchés publics et les défis logistiques, se veut un modèle de traçabilité. En respectant chaque étape administrative, le projet REDD+ Maï-Ndombe tente de démontrer que la finance climatique peut être gérée avec rigueur, loin des soupçons d’opacité qui entourent parfois ce secteur.
Pour les populations de Bassingiele, Bolia et Nongo, ces véhicules ne sont que le premier volet d’une série d’investissements attendus. L’enjeu est désormais de prouver que la préservation de la biodiversité peut effectivement se traduire par une amélioration tangible des services publics en milieu rural.
Willy Ulengu Samuanda