
Alors que la diaspora banyamulenge multiplie les mobilisations aux États-Unis et au Kenya pour dénoncer un génocide dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, le pouvoir congolais durcit le ton. Samedi 25 avril 2026, Me Séraphin Umba, cadre de l’UDPS, a qualifié ces manifestations de mise en scène orchestrée par Kigali. Entre guerre de chiffres et bataille de narratifs, l’identification des populations revient au cœur du débat politique.
Le ton est monté d’un cran à Kinshasa. Lors d’un point de presse tenu ce samedi, Me Séraphin Umba, figure de proue du parti présidentiel (UDPS), a balayé d’un revers de main la légitimité des manifestations qui ont rassemblé plusieurs milliers de personnes à Washington et Nairobi le 20 avril dernier. Selon ce juriste, les manifestants ne seraient pas des citoyens congolais issus de la communauté banyamulenge, mais des « sujets rwandais » chargés de redorer le blason diplomatique de Paul Kagame.
L’épreuve des faits : une mobilisation sans précédent
À Washington, des sources indépendantes et des images satellites analysées corroborent la présence de près de 4 000 manifestants devant le département d’État. Si Me Umba s’interroge sur la proportionnalité de cette diaspora par rapport à la population banyamulenge en RDC, les données migratoires des deux dernières décennies montrent une croissance significative de cette communauté en Amérique du Nord, fuyant les cycles de violence dans l’Est du pays. L’argument de la « minorité incapable de mobiliser » se heurte donc à la réalité des flux migratoires documentés par le HCR.
Une querelle de nationalité sur fond de crise sécuritaire
L’accusation de « nationalité douteuse » brandie par le cadre de l’UDPS n’est pas nouvelle, mais elle prend une résonance particulière dans le contexte actuel. Me Umba voit dans ces marches une stratégie de survie pour le régime rwandais, qu’il estime aux abois sur le plan international. « Les vrais Banyamulenge sont en RDC », martèle-t-il, s’étonnant de l’absence de marches similaires à Uvira ou Bukavu. Un argument qui omet toutefois de mentionner le climat de tension et les risques de représailles qui pèsent sur les manifestations communautaires dans les zones de conflit.
L’identification, panacée ou arme politique ?
Pour clore le débat, Me Séraphin Umba plaide pour un renforcement du processus d’identification nationale. Cette proposition, bien que techniquement nécessaire pour la souveraineté de l’État, est perçue par les organisations de défense des droits humains comme un outil potentiel d’exclusion. En attendant, le blocus humanitaire dénoncé par les manifestants à Minembwe reste une réalité documentée par plusieurs ONG locales, indépendamment de la nationalité de ceux qui le dénoncent à des milliers de kilomètres de là.
Willy Ulengu Samuanda