
Le gouvernement de la République démocratique du Congo resserre son dispositif pour récupérer près de 350 millions de dollars de créances dues au Fonds de promotion de l’industrie (FPI). Réunie à Kinshasa sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, la Commission spéciale chargée de ce dossier a dressé un premier état des lieux et fixé les prochaines étapes d’un processus présenté comme stratégique pour le financement de l’industrialisation du pays.
« Le renforcement du FPI passe d’abord par le recouvrement des ressources qui lui reviennent de droit », résume la démarche engagée par l’exécutif.
Cette deuxième réunion stratégique traduit la volonté du gouvernement de faire du remboursement des créances un levier de bonne gouvernance et de consolidation des finances publiques.
Conduite par le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des petites et moyennes entreprises, assurant l’intérim au ministère de l’Industrie, Justin Kalumba Mwana Ngongo, la commission a indiqué avoir déjà transmis à la cheffe du Gouvernement un premier rapport de catégorisation des créances. Selon le ministre, six catégories ont été identifiées afin de distinguer les profils des débiteurs, d’évaluer les difficultés de recouvrement et d’attribuer à chaque administration les responsabilités qui lui incombent.
« Chaque catégorie appelle une réponse adaptée », a expliqué Justin Kalumba, soulignant que cette classification permettra d’améliorer l’efficacité des opérations de recouvrement tout en respectant les procédures administratives et judiciaires applicables.
Le gouvernement privilégie toutefois une approche progressive. Une première phase sera consacrée aux règlements à l’amiable afin d’offrir aux débiteurs la possibilité de régulariser volontairement leur situation. Ce n’est qu’en cas de refus ou d’absence de coopération que les procédures de recouvrement forcé seront engagées.
« L’objectif n’est pas de sanctionner, mais d’obtenir le remboursement des fonds publics », a insisté le ministre, lançant un appel aux débiteurs concernés afin qu’ils s’acquittent de leurs obligations avant l’application des mesures coercitives.
Sans dévoiler les noms des personnes physiques ou morales concernées, Justin Kalumba a annoncé la création de trois sous-commissions thématiques chargées d’approfondir les investigations. Elles disposent d’un délai d’un mois pour remettre leurs premiers rapports à la Première ministre, avant la publication de nouvelles communications destinées à informer l’opinion publique de l’évolution du dossier.
Le président de la commission a également fait état de premiers signaux jugés encourageants.
« Certains débiteurs ont déjà pris l’initiative de nous contacter pour engager des négociations en vue d’un règlement à l’amiable », a-t-il indiqué, estimant que cette dynamique témoigne d’une prise de conscience des enjeux liés au respect des engagements financiers envers l’État.
Face aux critiques évoquant une éventuelle instrumentalisation politique, le gouvernement rejette toute idée de « chasse aux sorcières ». Justin Kalumba affirme que la commission applique exclusivement les principes de légalité et de responsabilité financière.
« Une dette envers l’État demeure une dette qui doit être remboursée », a-t-il déclaré, rappelant que cette structure multidisciplinaire agit sur instruction du Président de la République avec l’appui de plusieurs institutions de l’État.
La réunion a rassemblé notamment les responsables des hautes juridictions, plusieurs membres du gouvernement ainsi que les représentants de l’Inspection générale des finances (IGF), du Conseil national de cybersécurité (CNC), de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la Direction générale de migration (DGM) et du Fonds de promotion de l’industrie, illustrant le caractère transversal de cette opération.
Cette initiative prolonge les orientations arrêtées lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, au cours duquel le Président de la République avait élevé le recouvrement des créances du FPI au rang de priorité nationale. L’exécutif considère que le renforcement des capacités financières de cet établissement public constitue un instrument essentiel pour soutenir l’industrialisation, favoriser l’émergence des petites et moyennes entreprises et améliorer la gouvernance économique.
Les rapports attendus des sous-commissions devraient préciser le volume des créances effectivement recouvrables, les modalités de remboursement retenues et, le cas échéant, les procédures judiciaires qui pourraient être engagées contre les débiteurs réfractaires. Pour le gouvernement, la réussite de cette opération sera un indicateur majeur de sa capacité à faire respecter les obligations financières envers l’État et à restaurer durablement la confiance dans la gestion des ressources publiques.
Willy Ulengu Samuanda