Route Kalamba Mbuji | Nathalie Kambala redoute une dépendance commerciale à l’Angola

La route qui doit relier le Kasaï à l’Angola promet des échanges. Mais pour Nathalie Kambala Luse, membre de la société civile et observatrice engagée, ce pont transfrontalier pourrait bien tourner au boulevard à sens unique.

Parfois, une route ne mène pas seulement quelque part. Elle dévoile aussi ce qu’on n’a pas construit. C’est le cas de Kalamba Mbuji, ce corridor stratégique censé relier le centre de la RDC à l’Angola. Une artère du commerce en devenir. Une promesse d’ouverture. Mais à en croire Nathalie Kambala Luse, l’air qui souffle depuis Luanda pourrait bien étouffer le frêle tissu économique du Kasaï.

Revenue d’un court séjour dans la capitale angolaise, la direction générale de l’ONG FMMDI tire la sonnette d’alarme :

« Qu’allons-nous exporter ? », interroge-t-elle.

Face à une Angola déjà industrialisée, dopée par des décennies de pétrole et de reconstruction post-guerre, le contraste est brutal. L’économie du pays, elle, avance à cloche-pied, entre routes de terre, faibles capacités de production et absence d’un plan d’industrialisation sérieux pour les provinces de l’intérieur.

Le danger est réel : inonder les étals kasaïens de produits angolais, sans que l’inverse ne soit possible. Une dépendance commerciale qui ne dit pas son nom, où les devises sortent mais ne rentrent pas, où l’on importe massivement sans jamais peser dans la balance.

« Si rien n’est fait, notre franc congolais risque d’en pâtir. Et avec lui, tout l’écosystème local », alerte Nathalie Kambala.

Elle plaide pour une mobilisation rapide. Des infrastructures, oui — mais aussi des usines, des incitations à la production locale, des mesures de soutien aux PME. Un État stratège, pas un simple douanier de passage.

Kalamba Mbuji peut être une chance. Encore faut-il y croire au présent.

« Les jalons doivent être jetés dès maintenant », répète Kambala, qui voit dans cette route un test grandeur nature : celui d’une RDC capable de se penser non plus comme marché, mais comme acteur.

Sans quoi, les camions viendront. Mais pour repartir pleins. Vers l’Angola.

 

KAMBULU ESPÉRANT DANIEL

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