Rutshuru | La destruction de bananeraies fait craindre une nouvelle pression sur les familles rurales

Dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, la destruction de plusieurs bananeraies inquiète les populations rurales. La société civile locale affirme que des plantations ont été largement, voire totalement, détruites dans plusieurs localités du groupement de Binza, notamment à Katwiguru, Kisharu, Buganza et Nyamwisi. Les opérations se seraient également poursuivies vers Nyamilima.

« Derrière chaque plantation détruite, ce sont des revenus et une partie de l’alimentation des familles qui disparaissent », alerte la Coordination territoriale de la société civile de Rutshuru dans une déclaration rendue publique le 4 septembre 2026.

Selon cette structure citoyenne, les coupes auraient été effectuées le long de plusieurs routes de desserte agricole dans des zones contrôlées par l’AFC/M23. Elle affirme que les opérations se sont poursuivies depuis Nyamilima, dans le quartier Paysannat, en direction de Ngombe. Plusieurs médias locaux ont rapporté les mêmes alertes, sans toutefois disposer, à ce stade, d’une enquête indépendante permettant d’établir l’ensemble des responsabilités.

« La destruction des cultures ne touche pas seulement la terre : elle fragilise directement les moyens de survie. »

Dans cette partie du Nord-Kivu, la banane occupe une place importante dans l’alimentation et l’économie des ménages agricoles. La société civile redoute ainsi une aggravation de la précarité, de l’insécurité alimentaire et des difficultés de scolarisation des enfants.

L’alerte ne concerne d’ailleurs pas uniquement Rutshuru. L’organisation Terre et Avenir RDC a également signalé des destructions de plantations et des abattages d’arbres dans plusieurs zones de Rutshuru et de Masisi contrôlées par l’AFC/M23. Ces informations restent, elles aussi, principalement fondées sur des témoignages et alertes d’acteurs locaux.

La question des motivations demeure toutefois ouverte. Le texte initial évoque des « représailles », mais les sources consultées ne permettent pas d’établir de manière indépendante pourquoi les plantations ont été détruites ni de confirmer l’existence d’une instruction générale visant ces cultures. « Sur un dossier aussi sensible, l’attribution des responsabilités doit être documentée, pas seulement affirmée. »

Sur le plan juridique, la prudence est également nécessaire autour du terme « écocide ». Il décrit une notion en cours de développement dans le droit pénal international, mais il ne constitue pas encore une cinquième catégorie de crime relevant de la Cour pénale internationale. Le Statut de Rome couvre actuellement quatre crimes : le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le crime d’agression.

Une proposition portée notamment par le Vanuatu vise toutefois à inscrire l’écocide comme crime autonome dans le Statut de Rome. Le document présenté aux États parties en 2025 définit notamment cette notion autour d’actes illicites ou arbitraires causant des dommages environnementaux graves, étendus ou durables. Mais cette proposition n’a pas encore transformé l’écocide en crime de la compétence de la CPI.

La RDC, de son côté, a multiplié les prises de position contre les atteintes graves à l’environnement. Lors de la COP30 à Belém, en novembre 2025, le président Félix-Antoine Tshisekedi avait notamment dénoncé l’écocide et défendu le rôle de la RDC dans la protection des écosystèmes.

Cette position rejoint une préoccupation plus large dans l’Est congolais : la guerre ne détruit pas seulement les infrastructures et les habitations. Elle perturbe aussi l’agriculture, l’accès aux terres et les moyens de subsistance. En février 2025, le procureur de la CPI avait d’ailleurs appelé les victimes et témoins des crimes commis dans l’Est de la RDC à transmettre les éléments de preuve disponibles à la Cour.

« La protection des civils passe aussi par la protection de ce qui leur permet de vivre. »

À Rutshuru, l’urgence est désormais de documenter précisément les destructions, d’identifier leurs auteurs et leurs éventuelles motivations, mais aussi d’évaluer les pertes agricoles et les conséquences sur les familles concernées.

La suite dépendra donc autant de la capacité des acteurs humanitaires à soutenir les populations que de celle des mécanismes judiciaires et internationaux à établir les responsabilités. Si les destructions sont confirmées et si leur caractère intentionnel contre des biens indispensables à la survie des civils est établi, elles pourraient soulever d’importantes questions au regard du droit international humanitaire. Mais à ce stade, parler d’« écocide » ou de « représailles » doit rester une qualification à démontrer, et non un verdict journalistique.

Anastasie Mimbolo

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