
Les pieds dans l’eau, les regards perdus dans le vide. À Masina, comme à Matete et Limete, les Kinois se réveillent une fois de plus sous le choc d’une crue aussi violente qu’implacable. Depuis le samedi 5 avril, la rivière N’djili est sortie de son lit, noyant rues, maisons, et espoirs d’un retour rapide à la normale.
Le tableau est saisissant entre le pont Matete et l’arrêt Kimbuta, au cœur du Quartier 1. Là, des dizaines de véhicules restent prisonniers d’une eau brune, menaçante, qui refuse de redescendre. La route n’est plus une voie de passage, mais un marécage urbain. Ceux qui ont tenté de traverser à pied parlent d’un courant traître, d’une montée lente mais inexorable.
Le gouverneur de Kinshasa Daniel Bumba s’est voulu rassurant. Promesse de secours, mobilisation des équipes provinciales… les éléments de langage sont là. Mais sur le terrain, la réalité contredit les communiqués : ce dimanche matin encore, les eaux ont franchi de nouveaux seuils, atteignant Debonhomme (Matete), Ndanu (Limete), et d’autres zones déjà fragilisées par des années de négligence urbanistique.
À Debonhomme, la scène frôle l’absurde : des habitants coincés chez eux, incapables de rejoindre le boulevard à cause d’un saut-de-mouton totalement bloqué et d’une route Macrevette sectionnée net entre la 3e et la 6e rue. L’eau ne serpente plus, elle tranche.
L’inondation de la N’djili, bien plus qu’un simple aléa climatique, est le symptôme d’un mal chronique : infrastructures à bout de souffle, urbanisation sauvage, indifférence des autorités. Et pendant que les discours rassurants tentent de contenir la colère, c’est la rivière qui déborde. Littéralement.