
Lors du 14ᵉ Congrès annuel de l’investissement (AIM 2025), le gouvernement congolais s’est livré à un exercice de séduction économique, entre promesses d’ouverture, discours volontaristes et appels appuyés à la mobilisation de capitaux.
À Abu Dhabi, les chiffres claquent, les promesses fusent, les accolades se multiplient. Mais au pavillon congolais, c’est surtout une conviction qui s’affiche en lettres capitales : la RDC est une terre d’investissement. Pas un slogan creux, mais le cœur d’un plaidoyer porté haut par Guylain Nyembo, Vice-Premier ministre en charge du Plan. Pendant trois jours, du 7 au 9 avril, dans l’ombre brillante des gratte-ciels émiratis, Kinshasa a tenté de convaincre le monde que l’avenir – le vrai – commence au Congo.
Dans les allées feutrées du Annual Investment Meeting, un forum où se croisent investisseurs, décideurs politiques et multinationales, Guylain Nyembo n’est pas venu faire de la figuration. En panel sur l’intégration économique régionale, en plénière pour présenter les atouts du pays, ou face caméra pour dérouler les grandes lignes du Programme National Stratégique de Développement (PNSD), l’homme martèle un message : sécurité juridique, volonté politique, vision claire. À ses interlocuteurs venus des quatre coins du globe, il tend une main ouverte – mais pas naïve :
« Nous voulons des partenariats gagnant-gagnant », souffle-t-il.
Le PNSD, justement, est le pilier de ce grand élan. Un plan chiffré à 94,3 milliards de dollars sur la période 2024-2028. Sur ce total, l’État congolais promet d’en assumer 54 %. Le reste ? À mobiliser. Et c’est bien là que le bât blesse. D’où l’annonce d’une Conférence des investisseurs et bailleurs de fonds prévue pour le second semestre 2025. Une autre scène, une autre tentative d’attirer les regards – et les chèques. « Transport, numérique, énergie, mines, tourisme… » : les secteurs sont listés comme autant de promesses, à condition de trouver preneurs.
Pour appâter l’investisseur, il faut du concret. La RDC en exhibe un : le Open Access Data Center Texaf Digital DRC SA, premier centre de données haut de gamme de niveau III en activité à Kinshasa. Une infrastructure qui a valu à l’ANAPI, l’Agence nationale pour la promotion des investissements, le prix de la meilleure agence de la zone Afrique centrale et de l’Ouest. Une distinction dont Kinshasa s’empare comme d’un trophée de modernité. La numérisation du pays : un pari de transformation, un levier d’attractivité.

Pour autant, l’exercice n’est pas nouveau. La RDC est un visage familier de l’AIM. Assez, en tout cas, pour se voir décerner un prix spécial pour sa régularité dans le dialogue sur les investissements. Une récompense à valeur diplomatique, remise à la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, présente elle aussi à Abu Dhabi. Le symbole est là : celui d’un pays qui veut faire entendre sa voix et s’inscrire durablement dans les circuits du capital globalisé.
Mais séduire ne suffit pas. Derrière les belles phrases, les investisseurs scrutent aussi l’instabilité politique, les lenteurs administratives, les tensions sécuritaires dans l’Est du pays. Dans ses rencontres en marge du forum – avec des émiratis, un entrepreneur autrichien du numérique, ou un ministre arménien – Guylain Nyembo a joué carte sur table : exposer, écouter, convaincre. Un exercice d’équilibriste entre attractivité assumée et défis persistants.
ANGE ALOKI