Nord-Kivu | Le M23 joue la carte du « retrait » à Walikale, l’armée congolaise bombarde

Trois jours après s’être emparés de Walikale-centre, cité stratégique du Nord-Kivu, les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) annoncent, dans un grand élan de communication, leur « retrait ». Une manœuvre présentée comme un geste de bonne volonté en faveur du « dialogue politique » et des « conditions propices à la paix ». Problème : selon des témoins sur place, à 14h ce samedi, les combattants rebelles patrouillaient encore dans les rues.

Dans un communiqué publié samedi, le groupe armé, soutenu par Kigali, affirme quitter la ville pour « assurer la sécurité des populations ». Il enjoint les habitants à « prendre leurs responsabilités » pour « préserver la protection des civils ». Derrière ces formules, une mise en garde : toute attaque des FARDC (Forces armées congolaises) contre leurs positions signifierait la fin immédiate de cette « intermission de bonne foi ».

Mais sur le terrain, la réalité semble plus complexe.

« Ils sont encore bien visibles dans quatre des six quartiers de la cité », confie une source locale à ACTUALITE.CD.

En d’autres termes, l’annonce d’un retrait ressemble surtout à une réorganisation tactique.

Pendant que le M23 soigne son image de faiseur de paix, les FARDC poursuivent leurs frappes aériennes. Samedi matin, l’aviation congolaise a ciblé l’aérodrome de Kigoma et un pont sur la rivière Lowa. Ce site, déjà visé la veille par des drones, est soupçonné d’abriter des infrastructures logistiques du groupe armé.

L’opération a été déclenchée après un mystérieux atterrissage sur la piste de Kigoma, dont l’origine, la cargaison et la destination restent inconnues. Des soupçons d’approvisionnement en armes ? Une exfiltration discrète ? Rien n’a filtré.

Ce retrait en demi-teinte intervient après des journées de violents combats. Mercredi, les rebelles avaient pris Walikale en contournant les défenses des FARDC par Ngora et Mubanda. Vendredi, ils s’étaient heurtés aux miliciens Wazalendo, groupes d’autodéfense armés qui, à défaut d’être structurés, compliquent la progression du M23.

Située sur un territoire regorgeant de ressources minières, Walikale revêt une importance stratégique majeure. Son contrôle offre un levier sur les circuits du commerce illégal de minerais et un accès à d’autres localités-clés du Nord-Kivu.

Pendant que les armes parlent sur le terrain, les chefs d’État de la région tentent de coordonner une réponse. Vendredi, le président kényan William Ruto a annoncé une réunion entre l’EAC (Communauté d’Afrique de l’Est) et la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) pour discuter de la crise. Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa y participera également.

LUKEKA KALUME 

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