
Alors que le gouvernement relance officiellement les travaux de la centrale hydroélectrique de Katende, une voix s’élève depuis le Kasaï Central pour dénoncer les « non-dits » d’un projet emblématique, mais longtemps enlisé dans les scandales et l’oubli.
Censée symboliser la réconciliation, la cohésion et le redressement économique de tout le Grand Kasaï, la centrale hydroélectrique de Katende continue de diviser. Trois jours après la relance en grande pompe du chantier, annoncée lors d’une cérémonie organisée à Kinshasa sous l’égide des Ministres Doudou Fwamba et Teddy Lwamba, une déclaration choc est venue refroidir les enthousiasmes. Intitulée « Non à la mythomanie, non à la démagogie, nous voulons du concret sur Katende », elle émane de la Dynamique Chutes Mbombo (DYCM), un collectif citoyen basé à Kananga.

Dans leur texte lu devant sasastudio.net, les membres de la DYCM saluent la volonté politique exprimée par les autorités nationales, mais dénoncent le lieu choisi pour cet acte inaugural :
« Une cérémonie à plus de mille kilomètres du site réel des travaux ? N’est-ce pas là un mépris pour les Centre-Kasaiens ? » s’interroge la coordination.
Et d’ajouter avec ironie :
« Serait-ce par manque de route d’accès à Katende que Kinshasa a été préférée ? »

Au cœur de la colère : la gestion trouble du projet depuis son lancement dans les années 2010. En 2015 déjà, des montants astronomiques avaient été alloués — près de 390 millions de dollars — pour un chantier que les autorités d’alors déclaraient « achevé à plus de 60% ». Une affirmation que conteste la DYCM :
« Le vrai taux ne dépassait même pas 10% », accuse-t-elle, exigeant des comptes sur les fonds dépensés et les auteurs présumés de détournements.
La récente rallonge budgétaire de 200 millions USD, débloquée par le FOMIN (Fonds de Modernisation des Infrastructures), suscite tout autant de méfiance. Selon la DYCM, une partie de ces fonds aurait servi à transporter « du matériel brûlé et pourri entreposé à Lubumbashi depuis 2015 », et à financer une cérémonie « cosmétique » de relance dans la capitale.
Pour les militants du Kasaï Central, il n’est plus question de rester silencieux. Ils réclament un audit technique et financier indépendant, une implication accrue des élus locaux et une prise de participation directe de l’État dans le projet MBOMBO — un autre projet hydroélectrique de la région — pour en renforcer la puissance, plutôt que de tout laisser au secteur privé.

Pour conclure la Dynamique appelle à la vigilance lancé au Président Félix Tshisekedi et à la Première ministre Judith Suminwa, tous deux salués par les ministres comme architectes du redémarrage de Katende :
« Que le Chef de l’État ouvre l’œil afin qu’il ne soit pas une fois de plus roulé », prévient le texte, pointant le risque d’un remake des erreurs du passé.
Le projet Katende, d’une puissance annoncée de 64 MW, est stratégique pour électrifier une grande partie du Grand Kasaï et relancer l’économie locale, longtemps marginalisée. Officiellement, plus de 50 000 foyers devraient bénéficier de cette première phase. Mais entre symbolisme politique, mémoire collective douloureuse et soupçons de détournements, le chantier reste aussi un révélateur du gouffre qui sépare parfois Kinshasa des réalités de l’arrière-pays.

En somme, si Katende doit incarner l’espoir, il devra aussi se construire sur la transparence. Car la défiance citoyenne ne se dissipera pas avec des discours, mais avec des actes. Concrets. Visibles. Et mesurables, cette fois, depuis Kananga.
FREDDY MILLIONS MBWEBWE