Butembo | La mobilisation des soldats de l’ombre de l’assainissement, garantie de maillon faible face à la menace Ebola

Alors que le spectre de la maladie à virus Ebola plane de nouveau sur le Nord-Kivu, une catégorie de travailleurs se retrouve en première ligne, presque sans protection : les agents d’assainissement. Entre marchés bondés et caniveaux saturés, ces hommes et femmes manipulent quotidiennement les déchets d’une ville en sursis.

Ce vendredi 29 mai 2026, des experts tirent la sonnette d’alarme sur la vulnérabilité de ces agents, dont le rôle est pourtant vital pour briser la chaîne de contamination urbaine.

L’alerte est venue du monde académique, là où les données rencontrent la réalité du terrain. Le chef de travaux Benjamin Kaghoma, épidémiologiste à l’Université catholique du Graben, a pointé du doigt un risque invisible mais omniprésent. Selon lui, l’exposition permanente de ces agents à des déchets de nature diverse les place dans une position de vulnérabilité critique.

« Leur exposition permanente à des déchets de nature diverse les place parmi les catégories professionnelles les plus vulnérables face à la maladie à virus Ebola », souligne l’expert, rappelant que l’insalubrité n’est pas qu’une question d’esthétique urbaine, mais un enjeu de sécurité nationale.

Sur le terrain, la réalité est saisissante : les silhouettes des agents traversent les ruelles encombrées avec un équipement souvent rudimentaire. Dans une ville comme Butembo, où la densité démographique et la porosité des échanges complexifient la riposte, chaque déchet domestique ou eau stagnante peut devenir un réservoir infectieux.

« Ce qui se passe dans nos caniveaux finit par impacter nos hôpitaux », confie un technicien de surface, illustrant parfaitement le lien entre hygiène publique et santé communautaire.

La gestion des déchets ne doit plus être le parent pauvre de la riposte sanitaire.

Ce cri du cœur des scientifiques locaux fait écho aux leçons douloureusement apprises lors des précédentes épidémies dans la région. On se souvient qu’en 2018 et 2021, les retards dans la sécurisation des services de base avaient favorisé des poches de résistance du virus. Les autorités sanitaires avaient alors promis une intégration systématique des services d’assainissement dans les plans d’urgence. Aujourd’hui, le constat de Benjamin Kaghoma suggère que ces promesses peignent encore à se traduire par des dotations massives en équipements de protection individuelle (EPI) pour ces agents de voirie.

L’avenir de la lutte contre Ebola à Butembo dépendra de la capacité du gouvernement provincial et de ses partenaires à « humaniser » la riposte en protégeant ceux qui nettoient la ville. Les perspectives d’avenir pointent vers une professionnalisation accrue de l’assainissement, avec des formations spécifiques en biosécurité. Si Butembo veut rester ce rempart contre l’épidémie, elle doit impérativement cesser de considérer ses agents de propreté comme de simples exécutants, pour en faire de véritables sentinelles sanitaires dotées de moyens à la mesure des risques qu’ils encourent.

 

Willy Ulengu Samuanda

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