Occupation déguisée | Les ADF s’installent fortement à Lubero au Nord-Kivu

Ils ne tuent plus. Du moins, c’est ce qu’ils disent. À Lubero, territoire du Nord-Kivu, les rebelles ADF ont changé de visage. Exit les attaques-éclairs, les massacres furtifs, les retraites dans la jungle. Désormais, ils tiennent des meetings.

Samedi 12 avril, le colonel Kiwewa Mitela, administrateur militaire du territoire, sonne l’alerte : dans plusieurs villages de Lubero, les ADF ne se contentent plus de passer, ils s’installent. Bududia, Atandele, Batike, Bataitomba, Faraje… autant de noms qui résonnent aujourd’hui comme des zones occupées. Des lieux où l’ennemi parle, promet, recrute. Et manipule.

Le colonel Mitela est clair :

« Ils ont tenu un meeting avec les habitants. Ils ont dit qu’ils ne tueraient plus les civils. Qu’ils voulaient travailler avec eux. Mais qu’ils ne veulent pas voir l’armée, la police ni aucun fonctionnaire sur place. »

Une trêve ? Une ruse ? En tout cas, les ADF vont plus loin. Ils appellent les déplacés à revenir, à « effectuer les activités ensemble », comprendre : extraire l’or et les minerais à leur profit. À la faveur de cette opération séduction, l’ADF tente de se présenter en interlocuteur — à défaut de bourreau.

Le plus inquiétant est ailleurs. Pour l’autorité territoriale, il y aurait collusion.

« La population suppose qu’il y a coalition entre certains groupes armés d’autodéfense et les ADF. Ce sont ces groupes qui facilitent leur présence », souffle le colonel.

L’ennemi n’est plus en face : il est peut-être déjà dans la maison.

Des sources locales contactées par le média 7SUR7.CD confirment les soupçons. Des éléments d’autodéfense coopéreraient avec les ADF, notamment dans les zones reculées de la chefferie des Baswagha et du secteur Bapere. Deux mois de violences, de morts, de destructions, et aujourd’hui un silence troublant. L’occupation douce a pris le relais du fracas des balles.

Mais derrière ce calme suspect, le piège se referme. Et à Lubero, l’alerte ne retombe pas.

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