
Fiston Kabeya n’avait pas 40 ans. Policier de la circulation, il faisait son travail comme tant d’autres le 25 mars dernier, quand le cortège de la Première ministre Judith Suminwa passe à toute allure. Quelques minutes plus tard, selon le ministère public, le même cortège revient — sans la cheffe du gouvernement — pour une expédition punitive. En ligne de mire : Fiston Kabeya. Il mourra des suites de ses blessures.
Ce lundi 14 avril, la Cour militaire de Kinshasa-Gombe ouvrait le procès. L’ambiance est lourde. Sur le banc des prévenus : sept policiers de la garde rapprochée de la Première ministre. En ligne de mire : le commissaire supérieur adjoint Olivier Dunia Kanza, chef de la sécurité de Judith Suminwa.

Témoin clé de l’affaire, le policier Mutombo Ilunga, chef de poste le jour du drame, livre une version glaçante.
« C’était moi le chef du poste et c’est moi qui aie fait passer le cortège et nous l’avions privilégié. Le cortège ne s’était pas arrêté à la barrière. Nous avons vu venir deux agents en tenue civile se rapprocher de Kabeya et l’ont arrêté. Le major était posté à côté du séparateur en train d’observer. Les deux agents en tenue civile et militaire ont commencé à tabasser Kabeya et l’ont traîné jusqu’à la jeep avec eux ».
Huit mètres de distance, dit-il, mais un visage reconnu : celui d’Olivier Dunia Banza.
Le parquet militaire enfonce le clou :
« En date du 25 mars 2025, la Première ministre quittait son bureau pour se rendre à la cité de l’UA sur invitation de la haute hiérarchie,(…) Curieusement contre toute attente, quelques minutes après, on verra le même cortège revenir cette fois sans madame la Première ministre, cette fois-là le commissaire supérieur adjoint Olivier Dunia Kanza s’emmène avec sa suite pour tabasser le policier Fiston Kabeya à son poste de service et malheureusement la mort s’en était suivie à la suite des coups reçus ».


Face à la cour, le commissaire Dunia Kanza plaide la légalité. Selon lui, il ne s’agit ni d’agression, ni de vengeance, mais d’une procédure disciplinaire.
« Le policier Fiston Kabeya avait insulté la Première ministre (…) C’est pour cette raison, qu’après avoir conduit la Première ministre à la Primature, nous sommes revenus pour le conduire à l’autorité compétente, en la personne du commissaire supérieur Banga, pour l’auditionner car il s’était rendu coupable d’une infraction flagrante en l’occurrence l’outrage. Il était monté dans la jeep sans que quelqu’un ne le brutalise ou ne le blesse. »
Problème : le corps de Kabeya parle. Et la cour veut entendre ce qu’il a à dire. Le procès est suspendu jusqu’au 16 avril. Le temps, dit-on, de produire l’expertise médicale. Pour déterminer si l’homme est mort d’outrage… ou de coups.
LUKEKA KALUME