Nord-Kivu | À Beni, l’ombre d’une nouvelle pression fiscale inquiète les opérateurs économiques

Dans une région déjà exsangue par l’insécurité chronique, l’introduction d’une nouvelle charge fiscale, baptisée « taxe garantie santé », sème l’émoi parmi les acteurs économiques.

Réunis au sein de l’Association congolaise des commissaires agréés en douane (ACCAD), les opérateurs de Beni dénoncent une mesure qui, selon eux, pourrait porter le coup de grâce au pouvoir d’achat local.

Une pression fiscale jugée « asphyxiante »

Le constat dressé par Eugène Kakule Matembela, président de la structure, est alarmant. Cette nouvelle redevance, dont les contours légaux restent flous, frappe indistinctement les produits de première nécessité et les exportations stratégiques.

« Le quinquina est désormais grevé d’une taxe de 7,5 dollars par tonne », précise-t-il, fustigeant une politique de « pression fiscale à outrance » qui risque de paralyser les échanges transfrontaliers.

Pour ces commerçants, le dogme est simple : « trop d’impôt tue l’impôt ».

L’effet domino sur le panier de la ménagère

Sur les étals du marché de Kilokwa, la théorie économique rejoint brutalement la réalité sociale. Le prix du kilo de pomme de terre a bondi de 900 à 2 500 francs congolais. Si les vendeuses pointent du doigt des aléas climatiques et parasitaires, l’augmentation des coûts de transport, dopée par la fiscalité sur les carburants, accentue l’inflation. Même constat pour la filière bovine : la viande importée d’Ouganda via le poste frontalier de Kasindi subit de plein fouet la multiplication des taxes et l’instabilité monétaire, le kilo passant de 10 000 à 15 000 francs congolais.

Un silence administratif pesant

Face à cette fronde qui couve, les autorités provinciales du Nord-Kivu n’ont, pour l’heure, fourni aucune clarification officielle. Les délégués des commerçants prévoient une série de rencontres avec l’exécutif provincial pour obtenir un moratoire ou une suppression pure et simple de cette charge. Dans un contexte de vulnérabilité extrême, l’arbitrage entre mobilisation des recettes publiques et survie des ménages s’annonce périlleux pour Kinshasa et Goma.

Willy Ulengu Samuanda

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