
À Beni, dans la province du Nord-Kivu, la prison centrale de Kangbayi traverse une crise humanitaire sans précédent. Privés de rations alimentaires depuis près de trois mois, les détenus font face à une famine qui a déjà coûté la vie à au moins vingt personnes au premier trimestre 2026. Entre surpopulation endémique et pathologies infectieuses, l’établissement carcéral est devenu un mouroir à ciel ouvert.
L’alerte lancée par la société civile locale est sans équivoque : les marmites de la prison de Kangbayi sont vides. Depuis le début de l’année 2026, l’approvisionnement en vivres est totalement interrompu, laissant les 1 500 pensionnaires dans un dénuement absolu. Richard Kirimba, vice-président de la société civile de Beni, pointe une rupture de la chaîne logistique et financière, aggravée par des dettes accumulées auprès des fournisseurs locaux qui refusent désormais de livrer à crédit.
Le bilan humain s’alourdit de semaine en semaine. Selon un rapport de monitoring d’une organisation de défense des droits humains, 20 décès ont été officiellement recensés entre janvier et mars 2026. Sur le terrain, la situation sanitaire est critique : une quarantaine de détenus présentent des signes de malnutrition sévère, tandis qu’une dizaine d’autres sont atteints de tuberculose, une pathologie qui se propage rapidement dans des cellules exiguës et mal ventilées. Malgré l’intervention ponctuelle de partenaires humanitaires, le manque de médicaments essentiels persiste.
Initialement conçue pour accueillir 250 personnes, la prison de Kangbayi en héberge aujourd’hui six fois plus. Cette promiscuité extrême oblige des centaines de détenus à dormir à même le sol dans des conditions d’hygiène déplorables. Si les femmes et les mineurs sont séparés du reste de la population carcérale, leur situation n’en demeure pas moins précaire. Cette saturation est la conséquence directe de la recrudescence de la criminalité dans la région, mais aussi de la lenteur des procédures judiciaires.
Face à ce tableau sombre, les acteurs de la société civile exhortent le gouvernement central à débloquer des fonds d’urgence pour le fonctionnement régulier de la prison. Au-delà de l’aide alimentaire, l’urgence est également judiciaire : un désengorgement immédiat, par le biais de libérations conditionnelles ou de transferts, est préconisé pour éviter une catastrophe sanitaire de plus grande ampleur dans cette zone déjà meurtrie par les conflits armés.
Willy Ulengu Samuanda