
Le Programme national de santé de la reproduction (PNSR), soutenu par l’ONG Ipas, a réuni des experts à Kinshasa pour concevoir un outil de suivi des droits à la santé sexuelle. L’objectif : réduire une mortalité maternelle dont 30 % des causes restent liées aux avortements non sécurisés.
Sept mois après le deuxième dialogue multisectoriel d’octobre 2025, la République démocratique du Congo (RDC) franchit une étape décisive dans l’opérationnalisation de sa feuille de route sur les Droits à la santé sexuelle et reproductive (DSSR). Une réunion technique s’est tenue le 15 mai dans la capitale pour élaborer un tableau de bord harmonisé, destiné à mesurer l’impact des politiques publiques sur l’ensemble du territoire.
Cet outil de suivi ne se veut pas une simple formalité administrative. Selon Anne-Marie Ntumba, directrice du PNSR, il s’agit d’un levier de redevabilité pour les partenaires techniques et les institutions publiques. En centralisant les indicateurs de performance, le gouvernement espère identifier les zones de rupture de services et orienter les financements vers les provinces les plus démunies.
« Ce tableau de bord doit nous permettre de mesurer les progrès, mais surtout d’identifier les insuffisances pour ajuster nos décisions stratégiques », a précisé la directrice du PNSR. L’enjeu est de taille : passer d’une gestion sectorielle à une coordination intégrée de l’écosystème des DSSR.
Le cadre juridique de cette offensive sanitaire repose sur le Protocole de Maputo, ratifié par la RDC, qui autorise l’interruption volontaire de grossesse dans des conditions spécifiques (viol, inceste, mise en danger de la santé physique ou mentale de la mère). Le constat clinique est alarmant : les avortements clandestins représentent près d’un tiers des décès maternels dans le pays.
« Nous avons élaboré des politiques pour faire avancer le droit à l’avortement sécurisé, car on s’est rendu compte que 30 % des décès maternels sont dus à des pratiques non sécurisées », a rappelé Anne-Marie Ntumba. L’outil de suivi permettra de vérifier si l’accès effectif à ces soins progresse conformément aux engagements internationaux du pays.
Malgré ces avancées normatives, la disparité géographique demeure le principal obstacle. Actuellement, les programmes de santé reproductive ne couvrent que 11 des 26 provinces de la RDC. Le déploiement de ce nouvel outil de suivi vise, à terme, à soutenir un plaidoyer pour l’extension des services aux 15 provinces restantes, afin de résorber les inégalités d’accès aux soins de santé primaire et de protéger la vie des femmes sur toute l’étendue du territoire national.
Willy Ulengu Samuanda