RDC | Quand le dérèglement climatique exacerbe la crise foncière à l’Est, voilà combien ça coûte !

Dans l’est de la République démocratique du Congo, les aléas environnementaux ne sont plus de simples phénomènes météorologiques. Ils agissent désormais comme des « multiplicateurs de menaces », aggravant des conflits fonciers séculaires et fragilisant davantage des populations déjà meurtries par l’insécurité.

Le lien entre climat, terre et sécurité n’est plus une hypothèse théorique, mais une réalité brutale au Nord et au Sud-Kivu. Si le changement climatique ne crée pas l’insécurité ex nihilo, il catalyse les tensions préexistantes autour de l’accès aux ressources. C’est le constat dressé par Me Marie Bwami, juriste et experte en droit de l’environnement, qui alerte sur une « loi du plus fort » redoublée par la rareté des terres arables et de l’eau.

La terre, nerf de la guerre et du climat
Au cœur de cette dynamique, l’injustice foncière demeure le principal vecteur d’instabilité. Alors que les ressources naturelles s’amenuisent sous la pression climatique, les élites locales et les groupes armés intensifient leur contrôle sur les espaces productifs. « Les inégalités constituaient déjà des facteurs de vulnérabilité. Aujourd’hui, la rareté impose une nouvelle donne où les plus démunis sont systématiquement relégués au second plan », explique Me Marie Bwami, fondatrice de l’Association Communautaire pour la Conservation de la Biodiversité (ACCB).

Cette compétition féroce pour la survie est accentuée par la faiblesse de l’autorité de l’État, laissant un vide juridique que les réseaux clandestins comblent par la force, notamment autour des sites miniers et des zones agricoles stratégiques.

Un cadre légal en quête d’application
Pourtant, la RDC s’est dotée d’outils pour parer à cette dérive. La Politique Foncière Nationale (DPFN), validée fin 2021, ambitionne de moderniser une législation obsolète depuis un demi-siècle. Son article 56 vise spécifiquement à garantir une gestion inclusive et équitable des terres. Pour les experts, l’enjeu est désormais d’opérationnaliser ce cadre afin de protéger les « groupes vulnérables », une catégorie qui, selon Me Bwami, tend à s’élargir à mesure que les chocs climatiques frappent indistinctement les communautés.

L’insécurité engendre des déplacements massifs de populations qui, à leur tour, exercent une pression anthropique insoutenable sur les zones d’accueil. Ce triptyque « climat-paix-sécurité » crée des conflits d’usage inédits autour des points d’eau et des forêts. « Lorsque les communautés fuient la guerre pour des zones plus stables, la sursollicitation des ressources locales déclenche inévitablement de nouveaux heurts avec les populations autochtones », souligne l’experte.

Face à cette crise multidimensionnelle, des initiatives comme celles de l’ACCB au Sud-Kivu tentent de briser le cycle par la gestion participative des forêts et la restauration des paysages. Toutefois, sans une restauration pérenne de l’autorité publique et une réforme foncière appliquée, la transition écologique restera un vœu pieux dans une région où la terre est autant une source de vie qu’un motif de mort.

Willy Ulengu samuanda

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