
Alors que l’épidémie de souche Bundibugyo s’intensifie en Ituri, Kinshasa dénonce les restrictions de voyage imposées par Kigali et Washington. Entre vide vaccinal et bras de fer juridique, le gouvernement congolais tente de contenir une crise qui dépasse désormais les frontières médicales.
Le ton monte au sommet de l’État congolais. Lors d’un briefing presse tenu ce mardi 19 mai, le ministre de la Santé, Roger Kamba, a vivement critiqué la fermeture des frontières rwandaises et les restrictions de visas imposées par les États-Unis aux voyageurs ayant séjourné en République démocratique du Congo (RDC). Pour Kinshasa, ces mesures contreviennent au Règlement Sanitaire International (RSI), lequel préconise le maintien des flux commerciaux et humains, sous réserve de protocoles sanitaires rigoureux. « Le règlement ne dit pas qu’il faut fermer les frontières, mais qu’il faut mettre en place des mesures de santé publique », a martelé le ministre, fustigeant une approche qu’il juge disproportionnée.
Sur le terrain, la situation épidémiologique demeure préoccupante. Selon les dernières données de la Division provinciale de la santé (DPS) de l’Ituri, la province comptabilise 513 cas suspects et 131 décès. Si seuls 30 cas ont été formellement confirmés par laboratoire, le suivi de 541 contacts illustre l’ampleur de la chaîne de transmission. La vigilance est d’autant plus accrue dans les localités de Walikale et Kiwanja (Rutshuru), où la porosité des frontières et les déplacements de populations liés à l’insécurité font craindre une propagation fulgurante vers le Nord-Kivu.
L’inquiétude est alimentée par une réalité scientifique complexe : l’absence de vaccin homologué pour la souche Bundibugyo, contrairement à la souche Zaire. Pour pallier ce vide, le Dr Jean Kaseya, Directeur général d’Africa CDC, a annoncé le lancement d’un protocole de développement accéléré pour trois candidats vaccins. Parmi eux, une solution à ARN messager pourrait être disponible sous trois mois, tandis que les vaccins développés par l’Université d’Oxford (ChAdOx) et l’Université du Texas (VSV-BDBV) sont en phase de montée en puissance industrielle.
Cette crise sanitaire s’inscrit dans un contexte politique tendu. Parallèlement à la gestion d’Ebola, le gouvernement renforce son autorité régalienne. Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères, a obtenu l’aval pour un contrôle accru des passeports spéciaux, tandis que le vice-Premier ministre de la Défense appelle à intégrer la fête nationale dans les programmes scolaires pour stimuler le patriotisme. Pour la RDC, l’enjeu est double : prouver sa capacité à gérer une urgence de santé mondiale tout en s’opposant à un isolement diplomatique qu’elle juge injustifié.
Willy Ulengu Samuanda