Virunga | Rumangabo, la guerre frappe le dernier refuge des veuves d’écogardes

Un bombardement au drone a pulvérisé ce dimanche matin l’atelier de couture solidaire du quartier général des Virunga. Si le bilan humain est miraculeusement nul, cette attaque illustre le mépris total des belligérants pour les sanctuaires écologiques et humanitaires de l’Est de la RDC.

La guerre du Nord-Kivu ne respecte plus aucun sanctuaire, pas même ceux dédiés à la résilience des plus vulnérables. Ce dimanche 24 mai 2026, à 8h10 précises, le sifflement d’un engin volant a brisé le calme précaire de Rumangabo, la station centrale du Parc National des Virunga. Un drone d’attaque, dont l’origine technique fait l’objet d’un examen approfondi par les experts de la région, a largué un projectile de forte puissance sur l’atelier de couture géré par l’institution pour soutenir les veuves des gardes de nature tombés en service. Bien qu’aucun mort ni blessé ne soit à déplorer, les dégâts matériels sont majeurs, réduisant en cendres des mois d’efforts pour l’autonomisation financière de ces familles éprouvées.

« Frapper un tel symbole démontre que la ligne rouge de la barbarie a été franchie une nouvelle fois dans cette région », déplore sous anonymat un cadre de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN).

Le choix de Rumangabo comme cible n’est pas anodin dans la géographie du conflit qui oppose l’armée congolaise aux rebelles du M23. Située à une quarantaine de kilomètres au nord de Goma, cette localité abrite à la fois un important camp militaire des FARDC et le centre opérationnel du plus vieux parc d’Afrique. Les sources locales et les observateurs de sécurité confirment que l’usage de vecteurs aériens télécommandés s’est intensifié ces derniers mois le long de la RN2, transformant le ciel de Rutshuru en un espace de confrontation technologique.

« Les infrastructures du parc, pourtant protégées par le droit international humanitaire, se retrouvent prises en étau dans une guerre de positionnement qui n’épargne plus les installations civiles », souligne un chercheur du Baromètre sécuritaire du Kivu (GEC/Ebuteli).

Pour les veuves des écogardes, cet atelier détruit représentait bien plus qu’un simple lieu de travail : c’était un espace de reconstruction psychologique et sociale. En intégrant ce programme de couture, financé en partie par la Fondation Virunga, ces femmes parvenaient à subvenir aux besoins de leurs orphelins après le sacrifice de leurs époux face aux groupes armés.

« En détruisant cet outil de production, les auteurs de ce bombardement privent indirectement des dizaines d’enfants de leur unique moyen de subsistance légitime », s’indigne un représentant de la société civile de Rutshuru, appelant à une enquête internationale indépendante pour identifier l’origine du drone.

Cette nouvelle agression ravive les plaies jamais cicatrisées de la communauté des Virunga. En avril 2020, la région avait été plongée dans le deuil après l’embuscade sanglante de Rumangabo, où 12 écogardes et un chauffeur avaient été lâchement abattus par des miliciens, constituant l’une des attaques les plus meurtrières de l’histoire de la réserve. Plus récemment, en 2024, les combats à la lisière du secteur des gorilles de montagne avaient contraint la direction du parc à suspendre temporairement ses activités touristiques, asphyxiant l’économie locale et privant les communautés environnantes des retombées financières de la conservation.

Le Parc des Virunga s’annoncent sombres si aucun mécanisme de sanctuarisation réelle n’est imposé aux différentes forces en présence. La destruction de l’atelier de Rumangabo démontre que la militarisation croissante du conflit menace désormais la survie même des structures humanitaires intégrées au parc.

Pour la direction générale de l’ICCN et ses partenaires internationaux, le défi immédiat consistera à relocaliser et reconstruire en urgence cet espace de vie pour les veuves, tout en accentuant le plaidoyer auprès de l’UNESCO pour une protection renforcée des sites du patrimoine mondial en péril. À Sasa Studio, nous refusons de banaliser ces attaques silencieuses ; notre plume restera au service de la vérité pour que les cris de Rumangabo ne soient pas étouffés par le bruit des bombes.

Willy Ulengu Samuanda

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