
Réunis à Matadi, le gouvernement provincial, la Conaref et la société civile ont lancé les bases d’un cadastre rural numérique pour le territoire de Seke-Banza. Un virage technologique et juridique crucial pour éteindre les conflits fonciers et protéger les droits des communautés locales.
En République Démocratique du Congo, la terre nourrit les hommes mais alimente aussi leurs plus violents déchirements. Conscient de cette fragilité, le ministère provincial des Affaires foncières du Kongo-Central a choisi la ville portuaire de Matadi pour jeter, ce jeudi 21 mai 2026, les bases d’une petite révolution rurale. En s’alliant avec le Centre des technologies innovatrices et le développement durable (CTIDD), une ONG locale, les autorités ont réuni l’ensemble des forces vives autour d’un projet pilote ambitieux : doter le secteur de Bundi, dans le territoire de Seke-Banza, d’un Système d’information foncière (SIF). Derrière cet acronyme technique se cache un outil de justice sociale destiné à cartographier et sécuriser juridiquement les terres ancestrales des paysans.
« Sécuriser la terre d’une communauté, c’est lui redonner les moyens de sa subsistance et préserver la paix sociale », commente un délégué de la Commission nationale de la réforme foncière (CONAREF) venu de Kinshasa.
Le choix de Seke-Banza, et plus particulièrement des trois groupements cibles du secteur de Bundi, ne relève pas du hasard. Dans cette partie forestière et agricole du Kongo-Central, les chefs coutumiers et les paysans font régulièrement face à l’appétit vorace de concessionnaires extérieurs, souvent favorisés par l’opacité des titres écrits à la main. Le programme présenté à Matadi propose de briser cette fatalité en numérisant les limites des terres communautaires.
« Présenter aux parties prenantes le niveau d’alignement du programme porté par le CTIDD permet de co-construire une barrière technologique contre les spoliations », explique un expert foncier de l’ONG, soutenu financièrement par l’initiative internationale Right Resource Initiative (RRI) et un don de l’ambassade de Suède en RDC.
L’autre grand enjeu de ce forum de Matadi réside dans l’explication des innovations législatives en cours au pays. Les participants ont longuement débattu des mécanismes de la nouvelle loi foncière, un texte qui bouscule l’antique législation de 1973 en intégrant enfin le droit des communautés locales à posséder collectivement leurs terres sans craindre les décisions arbitraires des bureaux urbains.
« Vulgariser et sensibiliser les acteurs sur ces innovations est la condition sine qua non pour que le paysan de Bundi devienne le premier gardien de son patrimoine », insiste la coordination de la CONAREF, qui espère voir les provinces s’approprier rapidement ces outils de gouvernance.
Mais pour que ces intentions ne finissent pas dans les tiroirs poussiéreux de l’administration, les acteurs étatiques et non étatiques ont profité de cette tribune pour faire monter la pression d’un cran. Ils réclament désormais du gouverneur de province la signature rapide d’un arrêté provincial créant officiellement l’antenne de la CONAREF au Kongo-Central.
« Co-construire une stratégie commune doit nous mener sans délai vers la mise en place de cette commission provinciale pour arbitrer les litiges à la racine », plaide un notable de Luiza résidant à Matadi, établissant un parallèle avec les réformes similaires qui piétinent dans d’autres provinces de la RDC.
Ce rendez-vous de Matadi fait d’ailleurs écho aux assises nationales sur la politique foncière tenues à Kinshasa en 2022, où le gouvernement central s’était engagé à décentraliser les outils de gestion du sol pour rapprocher le cadastre des réalités rurales. À l’époque, les observateurs craignaient que le manque de financement ne paralyse la mise en œuvre de cette vision. Le partenariat scellé aujourd’hui avec les partenaires suédois prouve que des alternatives locales sont possibles.
L’avenir du secteur foncier dans le Kongo-Central dépendra désormais de la rapidité d’exécution de l’exécutif provincial. Si le projet SIF de Seke-Banza réussit à stabiliser la région et à accroître les investissements agricoles des communautés, il servira de modèle pour les 26 provinces de la RDC.
Toutefois, les perspectives restent suspendues à la signature de l’arrêté du gouverneur. Sans cette reconnaissance institutionnelle, le travail de cartographie de la société civile restera informel et sans valeur devant les tribunaux. Pour le ministère des Affaires foncières, le défi de 2026 est clair : transformer l’essai de Matadi en un bouclier juridique permanent pour ceux qui tirent leur survie de la terre. À Sasa Studio, nous suivrons de près la sortie de cet arrêté, car la paix rurale n’attend pas.
Willy Ulengu Samuanda