
La République démocratique du Congo, pilier de la transition énergétique mondiale avec son cobalt et son cuivre, s’étouffe sous le poids de sa propre richesse industrielle. Face à la répétition des alertes sur la pollution dans le Haut-Katanga et le Lualaba, l’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH) a sommé le président Félix-Antoine Tshisekedi de briser le silence.
Dans un mémorandum cinglant publié le 6 août 2026, l’organisation dénonce une « institutionnalisation de l’impunité » qui protègerait des acteurs majeurs comme SOMIKA, Congo Dongfang International Mining (CDM) et Chemaf SA au mépris des populations locales.
Le cœur de cette alerte pointe vers les installations de la Société Minière du Katanga (SOMIKA) à Kwampisha, où deux incidents majeurs survenus fin avril 2026 auraient provoqué des déversements d’effluents acides. Ces substances ont atteint la rivière Kasonta, menaçant directement les activités agricoles et les ressources en eau de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques (INERA).
« Une telle pollution n’est pas qu’un incident technique, c’est une attaque contre les moyens de subsistance des communautés et la biodiversité », alertent les experts de l’IRDH, qui exigent des enquêtes indépendantes.
Si SOMIKA conteste fermement ces accusations, avançant des tests de pH proches de 8 et parlant d’un incident rapidement circonscrit, le fossé avec le vécu des habitants reste béant. Pour l’IRDH, ce cas n’est pas isolé mais s’inscrit dans une chronologie alarmante de dégradations environnementales non sanctionnées.
« La crédibilité d’un État se mesure à sa capacité à faire respecter la loi face aux plus puissants, et non à leur laisser carte blanche sur nos écosystèmes », rappelle l’organisation.
Ce sentiment de lassitude des riverains est documenté depuis des années, ravivant les plaies de 2021 où des habitants de la commune Annexe et du quartier Somika avaient déjà protesté contre la dégradation de l’air et de l’eau. À l’époque, malgré la création d’une commission d’enquête provinciale et les reportages médiatiques, les solutions durables se sont fait attendre, laissant les populations dans une précarité sanitaire persistante.
« Ces antécédents montrent que le problème n’est pas l’absence de signalements, mais l’absence chronique de conséquences pour les pollueurs », déplore un activiste local.
Face à ces enjeux, la RDC est à la croisée des chemins : soit elle impose une redevabilité stricte à ses partenaires industriels, soit elle accepte de sacrifier ses territoires sur l’autel de l’extractivisme mondial. Les perspectives d’avenir dépendent désormais de la volonté politique de transformer les lois environnementales en outils coercitifs effectifs.
« Le développement minier ne peut plus se construire sur les décombres de la santé publique et de la souveraineté alimentaire des riverains », conclut l’IRDH, qui appelle à une refonte totale des mécanismes de contrôle et de réparation pour garantir que la transition énergétique mondiale ne se fasse pas au prix du sacrifice du Haut-Katanga.
Willy Ulengu Samuanda