
La République démocratique du Congo tourne une page majeure de son histoire minière en interdisant formellement l’exportation de concentrés de cuivre et de cobalt. Par cet arrêté signé le 29 juin 2026, le gouvernement affiche une volonté politique nette : récupérer une part substantielle de la valeur créée par ses richesses géologiques, jusqu’ici captée par des raffineries étrangères.
« Nous ne voulons plus être de simples extracteurs de matières premières, mais des bâtisseurs d’une industrie locale forte qui profite enfin à sa population », affirme le ministre des Mines, Louis Kabamba Watum.
Pour Kinshasa, l’enjeu est de transformer un modèle économique extractiviste, hérité de l’époque coloniale, en une véritable filière de transformation industrielle au cœur du territoire. Ce changement de paradigme, porté par le président Félix Tshisekedi, cherche à intégrer le pays plus profondément dans la chaîne mondiale de la transition énergétique.
« C’est un changement de paradigme nécessaire pour convertir nos richesses souterraines en leviers durables de développement social et économique », analyse un économiste spécialisé dans le secteur minier congolais.
Cependant, le défi logistique et énergétique qui se profile derrière cette décision est immense. Sans un accès stable et massif à l’électricité, ainsi qu’une logistique industrielle de pointe, la transformation sur place risque de se heurter à des obstacles techniques insurmontables pour les exploitants miniers.
« La souveraineté minière ne se décrète pas par un arrêté, elle s’établit par une électrification robuste et une infrastructure industrielle sans faille sur tout le territoire », souligne un expert en politique environnementale et industrielle.
Il est important de rappeler que cette stratégie n’est pas inédite dans le paysage politique congolais, car plusieurs tentatives de régulation similaires avaient été initiées lors de la révision du Code minier de 2018. Ces efforts avaient souvent achoppé sur la dépendance énergétique des mines et sur la pression exercée par les multinationales pour maintenir leurs modèles d’exportation vers les raffineries asiatiques.
« Chaque tentative passée a buté sur la réalité du terrain énergétique, un défi que le gouvernement actuel doit absolument relever pour espérer réussir », rappelle un observateur des dynamiques minières nationales.
À l’avenir, la réussite de cette politique dépendra de la capacité du gouvernement à maintenir un équilibre entre exigence de transformation locale et maintien de la compétitivité du secteur minier congolais. L’objectif est clair : inscrire la RDC au cœur de la transition énergétique mondiale, non plus comme simple pourvoyeur de minerai brut, mais comme partenaire industriel stratégique.
« L’avenir industriel du Congo se joue maintenant ; c’est un pari risqué mais essentiel pour rompre définitivement avec le cycle de l’extraction pure », conclut un analyste indépendant.
Willy Ulengu Samuanda