RDC | À Cotonou, Kinshasa plaide pour des femmes qui influencent réellement les décisions

La République démocratique du Congo veut franchir un nouveau cap dans la participation des femmes aux décisions publiques. À Cotonou, au Bénin, la vice-ministre des Affaires étrangères, Noëlla Ayeganagato Nakwipone, a défendu une présence féminine qui ne se limite plus aux sièges autour de la table, mais qui permette aux femmes de peser réellement sur les choix politiques et les processus de paix.

« L’objectif ne doit pas être seulement d’avoir davantage de femmes autour de la table, mais davantage de femmes en capacité d’influencer ce qui se décide autour de cette table », a-t-elle déclaré mercredi 9 septembre, lors du séminaire ministériel de haut niveau du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine sur les femmes, la paix et la sécurité.

Cette rencontre, organisée dans le cadre du Processus de Swakopmund, réunit les acteurs africains autour d’un enjeu devenu central : renforcer la participation effective des femmes dans la prévention des conflits, la médiation et la construction de la paix. L’Union africaine présente ce processus comme un espace destiné à faire progresser concrètement l’agenda « Femmes, paix et sécurité ».

Pour Kinshasa, cette ambition s’inscrit dans la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2000. Le texte reconnaît notamment l’importance d’une participation pleine et véritable des femmes aux processus de paix et aux mécanismes de prise de décision. En 2025, le Conseil de sécurité rappelait encore à propos de la RDC la nécessité de permettre aux femmes de participer véritablement et en sécurité à la prise de décisions.

La vice-ministre a également mis en avant l’action du président Félix-Antoine Tshisekedi en faveur de la promotion du genre. Elle a notamment rappelé son statut de « Champion de la masculinité positive » de l’Union africaine et son engagement dans la promotion de la participation des femmes aux institutions publiques. Cette orientation a encore été mise en avant à Kinshasa en mars 2026, lors de la deuxième Journée nationale de la masculinité positive.

La présence de Judith Suminwa Tuluka à la tête du gouvernement constitue, pour les autorités congolaises, un autre symbole de cette évolution. Les données institutionnelles disponibles montrent une progression de la représentation féminine dans les gouvernements congolais depuis plusieurs années, même si les chiffres varient selon la composition du gouvernement et la période considérée. Un rapport consacré aux 25 ans de la résolution 1325 situe ainsi la représentation féminine à 34 % sous le gouvernement Suminwa II en 2025.

Autre figure citée à Cotonou : Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État chargée des Affaires étrangères. Son rôle dans les discussions diplomatiques liées aux conflits de l’Est de la RDC illustre la volonté de Kinshasa de donner davantage de visibilité aux femmes dans la conduite des dossiers de paix et de sécurité. Le ministère des Affaires étrangères a encore mis en avant, en juillet 2026, son implication dans le suivi du mécanisme conjoint lié à l’accord de Washington.

Mais derrière les statistiques et les fonctions officielles, le défi reste celui de l’influence réelle. En 2025, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, rappelait que la participation des femmes ne devait pas se réduire à une présence symbolique autour des tables de négociation. Il appelait à davantage de femmes capables de façonner les accords de paix, les réformes de sécurité et les politiques de relèvement.

Le rendez-vous de Cotonou intervient donc à un moment où l’Afrique cherche à passer des engagements aux résultats. Le Processus de Swakopmund, institutionnalisé en 2024 comme rendez-vous biennal du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, doit justement contribuer à maintenir cette question au cœur des politiques africaines de paix et de sécurité.

Pour la RDC, la prochaine étape sera de traduire cette ambition dans les faits : davantage de femmes dans les négociations, la médiation, les institutions sécuritaires et les mécanismes de décision, mais surtout davantage de femmes capables d’y défendre et d’y faire entendre leurs positions.

« La présence ne suffit plus ; l’influence devient le véritable indicateur de progrès. »

Cette orientation rappelle les avancées enregistrées depuis l’adoption du Plan d’action national de la résolution 1325 en RDC. En 2022, l’ONU relevait déjà des progrès dans la participation des femmes aux instances de décision, tout en soulignant que des efforts restaient nécessaires pour respecter pleinement les textes et les engagements pris.

À Cotonou, le message congolais prend ainsi une dimension plus large : il ne s’agit plus seulement de compter les femmes présentes dans les institutions, mais de mesurer leur capacité à participer aux décisions qui engagent la paix, la sécurité et l’avenir du pays. La véritable épreuve sera désormais de transformer les engagements politiques en résultats durables sur le terrain.

Divine Atante

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